• Chanson hindoue 2

    Chanson hindoue 2

    Les chansons hindoues me rappellent avec nostalgie ma jeunesse àTétouan.Tout le monde avait coutume d'aller au cinéma-théâtre "Español" pour voir un film hindou et à la sortie tout le monde avait les larmes aux yeux d'avoir tant pleuré lors de la projection du film ! Le lendemain tout le monde chantait la meilleure chanson écoutée la veille !

    Les Instruments de l'Inde et quelques interprètes :

    En Inde, les instruments de musique sont presque toujours fabriqués de manière traditionnelle, c'est-à-dire manuellement, grâce au génie et au travail de petits artisans. Chaque instrument est une oeuvre d'art unique, individuelle, souvent délicatement sculptée et ouvragée. Leur fabrication nécessite l'emploi d'une quantité de matériaux très divers : différentes espèces de bois (teck, jacquier, bambou, roseau), ivoire, corne d'antilope, peaux de chèvre, de buffle, ou de lézard, faïence, métal, calebasse, papier mâché, fer, cuivre, boyau, etc. Les instruments ne sont pas encore figés en Inde. Les grands interprètes dont il est proposé une liste partielle ci-après ont tous été des novateurs, et ont souvent modifié leur instrument et la façon traditionnelle d'en jouer. Presque tous sont issus de familles de musiciens, parfois même appartenant à une longue lignée, et ont reçu de très nombreux prix. Les termes "pandit", "ustad", "smt", "sri", sont des titres honorifiques signifiant "maître", "enseignant", ou "érudit", qui varient selon le sexe ou la religion. La place des femmes dans la musique classique a été acquise relativement récemment, grâce à quelques précurseurs de génie. Vous trouverez au bas de la page des adresses de sites qui proposent des CDs de la plupart de ces interprètes.

    LE TAMBURA
    Le tambura (ou tampura) est l'accompagnement indispensable de tout concert de musique classique indienne. Son usage s'est développé au contact des cours indo-persanes du XVI ème siècle, mais il remplit une fonction bien plus ancienne, avant lui exercée par d'autres instruments, qui est de présenter au musicien un bourdon constant, dépourvu de tempo, le reliant à la tonique. Le tambura est composé d'une caisse de résonance faite de bois de jacquier dans le sud ou d'une calebasse dans le nord, et d'un manche sans frettes sur lequel courent quatre cordes métalliques, dont une est en cuivre. L'instrument, de la famille des luths (tata), est tenu et joué en position verticale, la partie renflée reposant sur la cuisse droite du musicien qui pince délicatement les cordes l'une après l'autre avec la pulpe de l'index ou du majeur, en un geste sans cesse répété. Sa sonorité est rendue plus riche encore par la pose d'un fil de soie ou de laine (jîvâli : donneur de vie) entre les cordes et le chevalet. Aujourd'hui, des tamburas électroniques permettent aux étudiants de pratiquer sans avoir recours à une personne pour leur bourdon.

    LE SITAR
    Le sitar est l'instrument le plus populaire de la musique hindoustani. Le mot vient du persan sehtar qui signifie littéralement "trois cordes". On dit qu'il a été inventé par le fameux poète et musicien Amir Khusro au XIVème siècle, mais il n'apparaît véritablement qu'au XVIIIème siècle, et acquiert sa forme définitive dans le courant du siècle suivant. C'est un luth dont la caisse de résonance principale est faite d'une calebasse recouverte de bois fin. Son long manche est muni de 20 frettes amovibles, de sept cordes mélodiques que l'on pince avec un onglet de métal porté au bout du doigt, et de 19 cordes sympathiques. Une calebasse plus petite est fixée au sommet du manche comme second résonateur. Sa popularité vient du fait que c'est un instrument relativement facile à jouer. Le sitariste indien Ravi Shankar est à l'origine de sa grande renommée en Occident.

    Vilayat Khan (1927-2004)
    Grand musicien et visionnaire, Ustad Vilayat Khan compte parmi les artistes indiens majeurs du XXème siècle. Sa contribution au sitar s'exerça dans les domaines tant technique qu'artistique. Capable de jouer à la vitesse inégalée de 16 notes par seconde, il s'appliqua à donner au sitar un style chantant, avec toutes les nuances de la voix humaine, n'hésitant pas pour cela à apporter certaines transformations à l'instrument.


    Ravi Shankar
    Pandit Ravi Shankar, sitariste virtuose légendaire, également compositeur et enseignant, fut durant des décennies l'ambassadeur de la musique indienne en Occident. Né en 1920, il fut d'abord membre de la troupe de danse de son frère Uday Shankar. Il composa des oeuvres pour Yehudi Menuhin ou Jean-Pierre Rampal, des concertos pour sitar et orchestre, ainsi que des musiques de films, notamment pour Satyajit Ray. Sa collaboration avec George Harrison, des Beatles, le rendit immensément populaire, et le consacra comme un des pères spirituels de la World music. Il enseigne à l'Institut Ravi Shankar (RIMPA) qu'il créa à New Delhi. Père de Norah Jones et de la sitariste Anoushka Shankar, il obtient en 1999 le Bharath Rathna, la plus haute récompense en Inde.

    Budhaditya Mukherjee
    Né en 1956, Budhaditya Mukherjee est un des sitaristes les plus talentueux de la nouvelle génération. Après des études brillantes en ingénierie métallurgique, il décide de se consacrer entièrement à la musique. Alliant virtuosité technique et profondeur de sentiment, il a donné un très grand nombre de récitals en Inde et dans 26 autres pays du monde. Il fut en outre le premier musicien à jouer, en 1990, à la Chambre des communes à Londres.

    Anoushka Shankar
    Anoushka Shankar commença l'étude du sitar à l'âge de 9 ans, avec son père Ravi Shankar, et débuta sur scène à 13 ans. Née à Londres en 1981, elle vit aujourd'hui entre l'Europe et New Delhi. Très active, elle a dirigé un orchestre à 19 ans, écrit un livre sur son maître de père, et joué dans un film. Elle a interprété certaines compositions de son père, notamment avec le violoncelliste Rostropovich, et a partagé la scène avec Eric Clapton, Nina Simone, Herbie Hancock, ou Peter Gabriel. Egalement compositrice, elle donne des récitals sur tous les continents, démontrant un formidable talent et une compréhension de la tradition musicale indienne qui la rend toute disposée à perpétuer l'héritage artistique de Ravi Shankar.

    LA VINA
    La vîna occupe la première place parmi les instruments indiens. Attribut de la déesse Saraswati et du sage divin Narada, elle est l'instrument sacré par excellence et fait l'objet de respect et d'admiration. Dans l'antiquité, le terme "vîna" était utilisé pour désigner une grande diversité d'instruments. Aujourd'hui, il existe trois variétés de vîna qui correspondent à différents stades de son évolution. La rudra vîna, parfois appelée bîn, est idéalement construite pour rendre toutes les subtilités de la musique indienne, et fut donc associée, dans les cours de l'Inde musulmane, à la très exigeante forme musicale dhrupad. Cependant, l'arrivée des instruments modernes tels le sitar ou le sarod a provoqué son déclin, bien qu'elle continue à être jouée par quelques rares musiciens. Elle est constituée de deux résonateurs faits de calebasses, sur lesquels repose une sorte de tube creux en bois de jacquier, avec quatre cordes principales et trois cordes rythmiques. La bîn se porte et se joue devant la poitrine, en diagonale, un résonateur reposant sur la cuisse et l'autre au-dessus de l'épaule. Plus récente, la vichitra vîna a évolué à partir de la bîn, dans le courant du XIXème siècle. Relativement identique, sa principale différence réside dans son manche qui est plus large et dans la façon de jouer, le musicien se tenant assis devant elle, l'instrument reposant sur le sol, sur ses deux gourdes. Enfin, la sarasvati vîna est la vîna du Sud de l'Inde, un instrument qui remonte à environ 300 ans. Différente des autres, elle ressemble davantage à un luth, avec une partie bombée qui forme la principale caisse de résonance et un long manche pourvu de vingt-quatre frettes inamovibles. Généralement taillée dans un bloc de bois de jacquier, elle possède en haut du manche un second résonateur factice, parfois en papier mâché, qui ne sert qu'à reposer l'instrument que l'on porte et joue horizontalement, une partie sur les genoux, et l'autre reposant sur le sol.

    Zia Mohiuddin Dagar (1929-1990)
    Ustad Zia Mohiuddin Dagar fut le plus grand interprète de la rudra vîna au XXème siècle, un instrument connu pour son style méditatif se prêtant aux plus délicates nuances. Né en 1929 au Rajasthan, il fut d'abord éduqué à la musique vocale. L'histoire de sa famille est celle de la lutte contre la perte de popularité de la musique dhrupad et de la vîna. Rompant avec la tradition familiale vocale, il se consacra entièrement à la vîna qu'il modifia en adoptant de plus grosses calebasses comme résonateurs (tumbar), un tube plus épais, et des cordes plus solides. Il changea même la tenue traditionnelle de l'instrument et préféra jouer avec les ongles plutôt que le plectre. Ces nombreux changements donnèrent à l'instrument un son particulier, propice à une exposition lente et sereine du râga. Il introduisit la rudra vînaauprès du public occidental. 
     

    LE SAROD
    Le sarod semble être très ancien car on a retrouvé des représentations d'un instrument similaire sur certaines peintures à Ajanta au Ier siècle de notre ère. Il est proche du rabab, un instrument afghan ou cachemirien, et fit son apparition dans les cours royales du nord de l'Inde. Il est donc le fruit d'une longue évolution et connut encore de nombreuses transformations tout au long du siècle dernier. C'est aujourd'hui un très bel instrument qui tient une des toutes premières places dans la musique hindoustani. Taillé dans un seul morceau de bois, l'instrument est composé d'une caisse de résonance recouverte de peau de chèvre, d'un large manche qui va en se rétrécissant et dont la touche sans frettes est couverte d'une fine plaque de métal poli. Il possède quatre cordes principales que l'on pince avec un plectre ou un onglet de métal, six cordes rythmiques, et quinze cordes sympathiques, toutes en acier. Il se tient et se joue un peu à la manière d'une guitare, et possède un son chaud, très séduisant.

    Amjad Ali Khan
    Ustad Amjad Ali Khan, surnommé "sarod samrat" (empereur du sarod), compte parmi les maîtres les plus prodigieux de la musique indienne. Né en 1945 à Gwalior, il est l'héritier d'une tradition familiale qui couvre six générations. Il fut un grand novateur, créant de nouveaux râgas, et composant une pièce pour l'Orchestre Philharmonique de Hong Kong. Son aura est telle qu'il est le premier musicien hindoustani à avoir joué au lieu saint carnatique de Thiruvaiyur, en honneur au compositeur Tyagaraja. Habitué aux grandes salles et aux tournées internationales, couvert d'honneurs et de doctorats honorifiques, ambassadeur de l'Unicef, il fonda en 1977 une société qui organise des festivals en Inde, et transforma sa maison familiale de Gwalior en une "Maison du Sarod", un centre d'enseignement et un musée à sa famille et au sarod.
     

    LE SARANGI
    Le sarangi, mot qui signifie "cent couleurs", est l'instrument à cordes frottées le plus répandu dans la moitié nord de l'Inde. C'est un instrument ancien qui a évolué à partir des violes utilisées par les mendiants et les musiciens itinérants. Son caractère rural et folklorique, ainsi que son association avec les danseuses et les courtisanes, en ont fait un instrument méprisé. Il a cependant gagné une place de choix dans la musique classique car il possède une sonorité émouvante faisant penser à la voix humaine. Traditionnellement utilisé pour l'accompagnement des chanteurs, il est également un instrument soliste que peu d'interprètes maîtrisent à la perfection. Le sarangi possède généralement trois cordes en boyau qui sont jouées avec un petit archet, et jusqu'à 40 cordes sympathiques. Taillé dans un seul morceau de bois, l'instrument est tenu et joué verticalement, le corps principal recouvert d'une peau et dépourvu de frettes. Sa particularité est que les cordes ne sont pas comprimées avec les doigts de la main gauche comme c'est d'ordinaire l'usage avec les instruments à cordes frottées ou pincées, mais pressées sur le côté avec le dos de l'ongle. L'instrument produit un son délicat et suave, très expressif,(1) et est parfaitement adapté pour reproduire les gracieuses ornementations de la musique indienne. Il est actuellement supplanté par l'harmonium pour l'accompagnement de la voix.

    Ram Narayan
    Pandit Ram Narayan se classe parmi les plus grands joueurs de sarangi aujourd'hui. Né en 1927 au Rajasthan, d'une famille de musiciens depuis cinq générations, son père était un maître du dilruba, un instrument voisin du sarangi. Très tôt, il débuta sa carrière en accompagnant les chanteurs, le rôle traditionnel des joueurs de sarangi de l'époque. Son talent fut remarqué et tous les grands artistes vocaux le demandèrent. Soucieux du fait que son instrument n'était pas exploité à sa juste valeur, il se lança dans une carrière de soliste qui, grâce à sa persévérance, lui valut d'être pleinement reconnu et d'installer définitivement lesarangi parmi les grands instruments de musique classique. Il a donné de très nombreux concerts en Inde et à l'étranger, souvent accompagné de son frère, le grand joueur de tabla Chatur Lal.
     

    LE TABLA
    Le tabla fait partie des instrument à percussion (avanadha). Utilisé pour l'accompagnement rythmique de la musique classique et semi-classique hindoustani, ainsi que pour des formes musicales plus populaires, il a pris une importance considérable en Inde. Bien qu'il semble que des tambours similaires apparaissent déjà dans des sculptures du VIème et VIIème siècles, son origine est incertaine et, comme la plupart des instruments modernes de la musique indienne, il n'apparaît vraiment qu'aux alentours du XVIIIème siècle. L'instrument est composé de deux tambours de forme oblongue, le tabla (ou dayan), que l'on frappe avec la main droite, et le duggi(ou bayan), frappé avec la main gauche. Le tabla, plus haut et plus étroit, est fait de bois et constitué de trois différentes épaisseurs de peaux de chèvre ou de buffle. La tension de la peau, et donc la hauteur de la note qui est calée sur la tonique, est assurée en modifiant la hauteur des petits rouleaux de bois placés sous les lanières de cuir qui maintiennent les peaux. Le musicien frappe également les bords du tambour avec un petit maillet pour l'accorder plus finement encore. Le duggi, qui correspond à la basse, est plus large et peut être construit en terre, en bois, ou, le plus souvent aujourd'hui, en métal. La pastille noire (syahi), centrale sur le tabla, et excentrée sur le duggi, est constituée d'une fine mixture de limaille de fer, de farine de blé et de poudre de charbon de bois, appliquée couche par couche, et polie avec une pierre lisse. Cette pastille aide à l'obtention d'une sonorité presque cristalline. Un supplément de pâte de farine de blé est également temporairement utilisée pour le duggi. Le tabla produit un son léger, versatile, avec une étonnante variété de nuances produites par plus de vingt sortes de frappes différentes : avec le poignet ou la paume, du bout ou du plat des doigts, en frappant ou pressant, sur le bord ou le centre.

    Zakhir Hussain
    Né en 1951, Ustad Zakhir Hussain est le joueur de tabla le plus réputé au monde. En dehors de son exceptionnel talent, il contribua à rapprocher les traditions carnatique et hindoustani, ainsi que celles de l'Orient et de l'Occident. Il fut à 19 ans l'accompagnateur de Ravi Shankar. On ne compte plus ses initiatives : des collaborations avec George Harrison ou Van Morrison, la création de l'ensemble "Shakti" avec le guitariste John McLaughlin, ainsi qu'un violoniste et un joueur de ghatam indiens, des musiques de films comme "Apocalyse Now" ou "Little Buddha", et l'arrangement de la musique d'ouverture des jeux Olympiques d'Atlanta en 1996. Il fonda en 1992 le label "Moment Records".

    LE MRIDANGAM
    S'il existe un doute sur l'origine et le développement indien du tabla, il n'en n'existe aucun pour ce qui est de la contribution du sous-continent aux tambours oblongs à deux faces, une particularité unique déclinée en de très nombreuses variétés. Lemridangam, dont le nom signifie "fait de terre", est un des plus illustres tambours de la musique indienne, traditionnellement utilisé dans la musique carnatique du sud. C'est un tambour bombé à deux faces, renflé au tiers de sa longueur, que l'on frappe à mains nues. Cet instrument très ancien, mentionné dans le Nâtya-shâstra, et dont les premières traces remontent à la période avant Jésus-Christ, a évolué à partir des très nombreux tambours qui l'ont précédé. Il est taillé dans un seul bloc de bois, généralement du bois de jacquier, la partie "main droite" recouverte de trois épaisseurs de peaux, et la partie "main gauche" de deux, ces deux faces correspondant aux tambours droit et gauche du tabla. La mixture pour la pastille est composée de riz, de manganèse, et de tamarin. L'instrument est tenu et joué horizontalement, prenant appui d'un côté sur le sol et de l'autre sur la jambe droite du musicien.
     

    LE PAKHAWAJ
    Le pakhavaj est un gros tambour bombé similaire au mridangam, mais principalement utilisé dans la musique hindoustani. Ce fut un instrument traditionnel prestigieux à cause de son association avec le dhrupad et la vîna. A cause de leur déclin et de l'apparition d'instruments plus modernes comme le sitar et le sarod traditionnellement associés au tabla, il est aujourd'hui très peu joué. Il possède pourtant une personnalité et une dignité remarquables et des efforts sont faits pour qu'il garde toute la place qu'il mérite. Contrairement au mridangam, il peut être accordé de la même manière que le tabla, grâce aux petits rouleaux de bois placés sous les lanières qui tiennent les peaux. C'est un instrument tenu et joué horizontalement sur le sol, comme le mridangam. Il accompagne encore aujourd'hui la musique dhrupad et la vîna.

    LA FLUTE
    Parmi les instrument à vent (sushira), la flûte est la plus répandue et jouit d'une grande popularité. Elle est, dans la mythologie, l'instrument utilisé par le dieu Krishna pour charmer les bouvières (gopis). C'est un instrument très ancien, déjà mentionné dans les Vedas avec la harpe et le tambour, et représenté dans l'art bouddhique il y a deux mille ans. Selon les époques, il a existé de très nombreuses variétés de flûte, connues sous des noms divers : venu, bamsa, murali,bansuri, etc. Généralement de forme traversière, leur longueur peut varier de 15 à 75 cm. Bien que très ancienne, la flûte n'a accédé au statut d'instrument de concert que très récemment. Elle convient merveilleusement à la musique indienne, à ses subtilités et ses ornementations, et peut également produire les fameux micro-tons par la fermeture partielle des trous. La technique de doigté utilisée en Inde, qui permet aussi le glissando, est unique, complètement différente de celle utilisée dans le système occidental. Bien qu'elle puisse être construite en ivoire, en bois de santal ou en métal, le bambou est préféré partout pour sa merveilleuse qualité de son. Une des variétés les plus connues est la flûte bansuri, utilisée dans la musique hindoustani, et dont le terme vient de bans- (bambou) et -swara (note). C'est le musicien Pannalal Ghosh (1911-1960) qui a le premier introduit certains changements dans la longueur et le nombre de trous, et qui est responsable de son introduction dans la musique classique indienne.

    Hariprasad Chaurasia
    Pandit Hariprasad Chaurasia est un des instrumentistes qui a le plus popularisé la musique indienne en Occident. Né en 1938, il est considéré aujourd'hui comme le plus grand maître flûtiste vivant. Jouissant d'une énorme popularité internationale, il a joué avec Yehudi Menuhin et Jean-Pierre Rampal. Il fit également de gros efforts pour populariser la musique classique en Inde, grâce à une connaissance musicale qui comprend les musiques folklorique et de films. Enseignant sérieux, il a contribué à une meilleure reconnaissance de la flûte comme instrument de scène classique, et a également enregistré pour le livre "The Raga Guide".

    Shashank
    Né en 1978, Shashank est un jeune joueur de flûte de tradition carnatique . Elève prodige, on dit qu'il commença l'étude de la musique à l'âge de neuf mois, avant même de savoir parler. D'abord initié à la musique vocale, il choisit la flûte comme son instrument à l'âge de six ans, et fit ses débuts de concertiste à douze ans. Fort d'une grande notoriété, il a joué dans de très nombreux pays du monde, offrant une musique attractive et enthousiasmante, entre grande virtuosité et passages plus méditatifs.

    LE SHEHNAI
    Le shehnaï est un instrument à vent très ancien qui ressemble à notre hautbois. Des variétés similaires ont existé jusqu'au XIIème siècle et après, mais il est pour la première fois fait mention du shehnaï au XVIème siècle. Le terme pourrait venir des mots shah- (roi) et -naï (tube). C'est un instrument considéré comme de bon augure, beaucoup utilisé, et de tout temps, dans les processions religieuses et les fêtes en extérieur, car il peut est entendu de loin. Il est également pratiqué dans le sud de l'Inde, sous une forme variée : le nagesvaram. C'est un instrument de forme conique, évasé vers l'extérieur, généralement en bois mais également en métal, avec sept trous. Grâce à la grande virtuosité de jeu dont il est capable et aux admirables nuances et délicatesses de sa sonorité, il a pu gagner son statut d'instrument de concert à partir des années 60, sous l'impulsion du talentueux musicien Bismillah Khan. C'est un instrument à double anche. Les anches sont des languettes de roseau placées à l'intérieur de son bec et qui doivent être contrôlées par la bouche du musicien. C'est si difficile qu'il est souvent nécessaire que deux solistes jouent ensemble pour qu'ils puissent se relayer quand l'un d'eux est en difficulté.

    Bismillah Khan
    Né en 1917 dans le Bihar, Ustad Bismillah Khan est le plus accompli des joueurs de shehnaï, et un des trois seuls musiciens à avoir obtenu le Bharath Rathna, la plus haute distinction en Inde. Son génie est d'avoir su hisser le shehnaï de la musique de temple et de fêtes où il était confiné aux estrades de la musique classique. Par son style de jeu tout en douceur, il en a fait un des instruments les plus appréciés. Il a joué dans de très nombreux pays, et est devenu un musicien très respecté.

    LE VIOLON
    Le violon est le plus bel exemple de l'opportunisme indien en matière d'instruments de musique. Tout au long de son histoire, l'Inde n'a jamais hésité à adopter les instrument capables de rendre au mieux les spécificités ornementales de sa musique, et le violon en est peut-être le plus bel exemple. Probablement amené par les premiers colonisateurs occidentaux, son introduction dans la musique classique est attribué à Balusvami Dikshitar (1786-1858). Il est devenu aujourd'hui un des tout premiers instruments dans la musique carnatique et commence à être joué dans la musique hindoustani. L'instrument est tenu et accordé de manière différente qu'en Occident. Il vient se caler en bas de l'épaule, le bout du manche en direction du pied du musicien, lequel est comme d'habitude assis les jambes croisées. Comme instrument d'accompagnement, il reproduit très précisément et quasi-simultanément toutes les phrases mélodiques du chanteur avec leurs ornementations, formant une cohésion si parfaite qu'ils ne semblent faire qu'un. Il est également joué comme instrument soliste. Yehudi Menuhin, le premier musicien classique occidental d'envergure à s'intéresser à la musique indienne et à la pratiquer avec son instrument, fut d'ailleurs violoniste.

    T.N. Krishnan
    Le professeur T.N. Krishnan fut pendant des décennies le plus grand violoniste indien. Né en 1928 au Kérala, dans une famille de musicien, il eut comme maître le très célèbre chanteur vocal Sri Srinivasa Iyer. Il donna son premier concert à l'âge de 8 ans et se produisit à la All India Radio à l'âge de dix ans. Il accompagna nombre des plus grands vocalistes de la musique carnatique et fut également un soliste brillant, jouant parfois avec sa fille ou son fils.

    L'HARMONIUM
    L'harmonium est un autre instrument à vent, formé d'une boîte de forme rectangulaire que l'on pose sur le sol, munie d'un clavier et d'un soufflet à l'arrière qui est activé par le musicien avec la main gauche. Il a été importé de l'Occident et fut introduit vers la fin du XIXème et le début du XXème siècle. C'est un instrument pratique, facile à jouer, qui n'a pas besoin d'être accordé, et qui est venu remplacer le sarangi, d'approche plus difficile, pour l'accompagnement des chanteurs. Il possède des anches de cuivre fixées à une extrémité et complètement libres à l'autre. Quand on appuie sur une touche, cela ouvre une valve et permet au vent de s'engouffrer autour de la anche qui vibre et donne ainsi la note. Cet instrument, qui ne peut jouer que des notes détachées, accordées selon des hauteurs fixes, semble mal équipé pour produire les shrutis et les ornementations si chers à la musique indienne. Il a donc fait l'objet d'une controverse en Inde, Tagore allant jusqu'à l'appeler "le fléau de la musique indienne". La All India Radio, très influente dans la diffusion de la musique classique, a banni son utilisation de ses ondes. L'instrument s'est cependant largement répandu, aussi bien dans les villages que dans la musique classique plus sérieuse du nord de l'Inde. La musique carnatique est quant à elle plus réticente. Aujourd'hui, la construction d'harmoniums électroniques semble pouvoir combler certaines des lacunes qui lui sont reprochées.

    AUTRES INSTRUMENTS
    Il est une classe d'instruments que nous n'avons pas encore abordée : les instrument à percussion solides (ghana). Ils vont des simples paires de cymbales en bronze, en étain, ou en bois dur (jhâllari, tâli, kartâl), jusqu'aux cloches, clochettes, et grelots (ghunghurû, nûpur). Le ghatam est un simple pot de terre sur lequel on frappe avec la paume et les doigts. Assez sophistiqué, il est parfois utilisé dans les concerts, et peut produire des tons différents selon qu'il est plus au moins fortement pressé contre l'abdomen du musicien. Un autre instrument à percussion, rarement utilisé mais digne d'attention, est le jaltaranga, signifiant jal- (eau) et -tarang (onde). Il comprend une série de bols en porcelaine de tailles différentes, chacun rempli d'une quantité d'eau plus au moins importante qui les fait produire des notes particulières. Les bols sont disposés en demi-cercle (jusqu'à 18 selon le râga joué), et le musicien assis au centre les frappe avec un fin bâton de bambou dans chaque main. L'Inde possède également de nombreuses autres variétés de tambour, qui vont des petites timbales et tambourins comme le khurdak, le khanjari, ou ledamaru, le tambour sacré attribut du dieu Shiva, jusqu'aux plus gros tambours, joués avec les mains ou des bâtons, souvent portés autour du cou, parfois tambour simple, tambours en paire, ou tambours bifaces de tailles et de longueurs différentes. Parmi ces derniers, le dhole, ou le plus petit dholak, est un  nom générique désignant tout tambour horizontal de taille moyenne, au son neutre, utilisé dans la musique folklorique. Signalons encore le moorsing (ou murchang), apparenté à notre guimbarde, et qui peut être entendu dans certains concerts du sud de l'Inde. Parmi les instruments à cordes, le svaramandal accompagne la musique vocale khyal. Il est constitué d'une caisse de résonance en bois, de forme trapézoïdal, sur laquelle sont fixées, reliées à des chevilles, une quarantaine de cordes métalliques que l'on joue avec les doigts. Il est l'ancêtre du cymbalum importé en Europe par les tziganes indiens et fut utilisé par les Beatles dans la chanson "Strawberry Fields". Très similaire, le fameux santoor du Cachemire comporte une centaine de cordes qui sont frappées avec de petits maillets de noyer recourbés. Cet instrument fut perfectionné par Shivkumar Sharma, qui rendit possibles toutes sortes d'ornementations en faisant glisser les maillets sur les cordes, et permit ainsi son utilisation dans la musique classique. Enfin, il existe d'autres instruments à archet comparables au sarangi, dont le dilruba du Bengale, et l'esraj, plus petit et plus rond, présent dans tout le nord de l'Inde. Tous deux sont munis de quatre cordes et d'une quinzaine de cordes sympathiques, et peuvent produire une musique de qualité, bien qu'ils soient absents des scènes de musique classique.

    Shivkumar Sharma
    Pandit Shivkumar Sharma est né à Jammu au Cachemire en 1938. Après avoir étudié le chant et le tabla, il s'intéresse au santoor, un instrument alors peu connu. Passionné de musique savante, il modifie son instrument, lui invente de nouvelles techniques de jeu, et le propulse dès 1955 sur les devants de la scène classique. Il jouit aujourd'hui d'une réputation internationale de virtuose, de compositeur, et d'enseignant réputé. Grâce à lui, le santoor est également devenu un instrument incontournable dans la musique de films.

    LA VOIX
    La voix est un véritable instrument en Inde, et est d'ailleurs le plus souvent utilisée comme telle. Le chant et la voix sont les supports exclusifs de l'enseignement musical qui est imparti dans les anciens traités musicaux comme le Gîtâlamkâra. Ce passage éloquent nous fait la démonstration que la voix était déjà, il y a deux mille ans en Inde, très sérieusement considérée : "Les experts louent, comme un maître-musicien, celui dont la voix est émouvante et naturelle, qui est expert dans les attaques et les finales, connaissant les modes principaux (râga) et leurs variations, les modes populaires, les modes théoriques et les modes secondaires, exercé dans les styles de développement chanté, habile dans les divers adagios, brillant et à l'aise dans les ornements, dans les diverses octaves, maître de sa voix, comprenant le rythme, attentif, sans fatigue, différenciant les [modes] purs des modes mélangés, connaissant toutes les nuances, et toutes les variations des thèmes, sans fautes, expérimenté dans l'exécution, suivant le tempo, à la voix bien formée, soutenue, puissante et douce, plaisante et subtile, brillant dans l'expression et appartenant à une bonne tradition."(2)

    Semmangudi R. Srinivasa Iyer (1908-2003)
    Sri Srinivasa Iyer a grandi dans le district de Thanjavur, le berceau de la musique carnatique, et a commencé l'apprentissage de la musique à l'âge de 8 ans. Il fut le maître de M.S. Subbalakshmi, une des plus grandes chanteuses de tradition carnatique. Il concourut à donner aux kritis de Swati Tirunal la notoriété qu'ils méritaient. Un autre de ses célèbres disciples fut le professeur T.N. Krishnan qui l'accompagna au violon dans de nombreux concerts.

    M.S. Subbalakshmi (1916-2004)
    M.S. Subbalakshmi fut une des grandes chanteuses de tradition carnatique. Elle a grandi à Madurai, près du temple Meenakshi, dans une famille de musiciens. Très jeune, elle a également appris les khyals et thumris de la musique hindoustani. Elle fut actrice pendant quelques années, puis se consacra entièrement à sa carrière musicale, donnant des concerts dans le monde entier. Elle fut la première musicienne à recevoir le Bharath Rathna, la plus haute distinction en Inde.

    Ramnad Krishnan (1918-1973)
    Ramnad Krishnan est né en 1918, dans une famille de musiciens du Kérala. C'est un des chanteurs de musique carnatique les plus importants du XXème siècle. Il fut un enseignant formidable, dont nombre des élèves sont devenus des musiciens confirmés. Tenu en très haute estime par ses pairs, il mourut prématurément à l'âge de 55 ans.

    D.K. Pattammal
    Damal Krishnaswamy Pattammal est une autre très grande chanteuse de la musique carnatique. Née en 1919 à Kanchipuram dans le sud de l'Inde, son talent s'est révélé très tôt. Elle donna son premier concert public à 14 ans. Elle s'est spécialisée dans les kritis de Dikshitar. Très traditionnelle dans son expression, elle a néanmoins exploré la forme improvisée pallavi, un domaine jusqu'alors réservé aux hommes. 

    Zahiruddin et Faiyazuddin Dagar
    Ustad N. Zahiruddin Dagar (1933-1994) et Ustad N. Faiyazuddin Dagar (1934-1989) furent en leur temps les chefs de file de la musique vocale dhrupad. Ils sont les héritiers d'une très longue tradition familiale qui se poursuit depuis 19 générations. A la mort de leur père, il furent les élèves de leurs grands frères Nasir Moinuddin et Nasir Aminuddin Dagar. Les jeunes frères Dagar ont joué un rôle crucial dans le renouveau de la musique dhrupad, lui redonnant sa place sur la scène classique indienne grâce à leurs nombreux récitals en Inde et à l'étranger. Ils ont formé la dhrupad society avec des branches en Inde, au Japon et à Paris. 

    Uday Bhawalkar
    Né en 1966, Uday Bhawalkar débuta l'étude de la musique à l'âge de 8 ans, guidé par sa soeur, et étudia dans une école de musique de 1975 à 1981. Il se voua ensuite à l'étude et à la pratique de la musique dhrupad, guidé par ses maîtres. Il se produit dans de nombreux festivals en Inde et à l'étranger. Il est aujourd'hui un des jeunes et rares représentants de l'ancienne et exigeante tradition vocale dhrupad.

    Bhimsen Joshi
    Né en 1922, Pandit Bhimsen Joshi est un des chanteurs hindoustani les plus importants. Né dans l'Etat du Karnataka au sud de l'Inde, rien ne le prédestinait à étudier la musique du nord. Grâce à l'intensité de ses performances et à son esprit novateur, il devint un artiste très renommé pendant des décennies. Il enregistra des khyals, thumris, mais également de nombreux ghazals qui furent très populaires. Il fit également une incursion dans la musique carnatique en chantant des kritis. Il a créé un très important festival à Pune, qui est depuis trois décennies une véritable institution.

    Amir Khan (1912-1974)
    Ustad Amir Khan était un des chanteurs hindoustani les plus novateurs du XXème siècle. Né à Indore dans le nord de l'Inde, il commença d'abord à apprendre le sarangi avec son père. Il créa son propre style de chant, très lent (ati vilambit), rempli d'un profond sentiment de sérénité et de contemplation, qui le rendit célèbre. Egalement compositeur, il fut un homme très érudit, expert en langues sanskrite et persane.

    Lakshmi Shankar
    Formée aux traditions carnatique et hindoustani, Smt Lakshmi Shankar est une des chanteuses indiennes les plus reconnues. Née en 1926, elle fut danseuse de Bharata Natyam, avant d'étudier la musique et le chant, notamment avec Ravi Shankar qu'elle assista dans ses nombreux projets. Ses khyals, thumris, et bhajans sont très populaires en Inde et à l'étranger où elle se produit souvent. Elle prêta sa voix au film "Gandhi" de Sir Richard Attenborough.

    Girija Devi
    Née à Bénarès en 1929, Girija Devi est une des plus grandes voix de la musique hindoustani. Elle débuta ses études musicales à l'âge de 5 ans avec un chanteur et joueur de sarangirenommé. Excellente interprète de khyals et de musique classique légère (tappa, dadra,thumri), elle est aussi compositrice. 

    Begum Akhtar (1914-1974)
    Begum Akhtar apprit d'abord le sarangi. Elle fut particulièrement douée dans la musique classique légère, surtout le chant ghazal qui la rendit célèbre. Elle joua dans quelques films hindi pour lesquels elle chanta aussi. Composant elle-même ses ghazals, elle développa un style propre. Son phrasé subtil et délicat, son classicisme dans le choix des râgas, et sa voix à la grâce incomparable, lui valurent le surnom de "reine du ghazal".

---------------------------------------

Image qui suit la souris

Image qui suit la souris