• Introduction à la linguistique (3)

    1.2 Grammaire et linguistique

    La notion de "grammaire" est primordiale en linguistique. Contrairement à la définition plutôt traditionnelle, elle ne réfère pas à l'ouvrage de référence qui contient une liste de règles que l'on doit suivre pour faire des phrases bien formées en français. Elle réfère à toutes les règles de formation d'énoncés utilisées pour communiquer correctement dans une langue (et qui sont différentes d'une langue à l'autre). Plusieurs linguistes considèrent de nos jours la grammaire d'un locuteur comme étant un "modèle de compétence idéale qui établit une certaine relation entre le son et le sens." (Dict Ling Larousse) 

    L’une des préoccupations des linguistes est de comprendre le fonctionnement du langage d’un point de vue cognitif. Comme il est impossible, en pratique, de déterminer le fonctionnement exact du cerveau lorsque l’on utilise une langue (production ou compréhension), il est nécessaire de construire des modèles théoriques qui vont dupliquer ce fonctionnement. Le modèle parfait de fonctionnement du langage nous permettrait de dire que nous comprenons parfaitement et entièrement le fonctionnement de ce phénomène complexe, et ce, dans toutes les circonstances. Nous sommes encore loin d'avoir atteint ce but. 

    Les analyses ont donc pour but de construire des modèles théoriques ou de raffiner les modèles déjà existants. Ces analyses procèdent souvent à partir d’un ensemble d’énoncés (phrases, mots, etc.) duquel seront extraites un certain nombre de généralités. Cet ensemble d'énoncés contiendra des énoncés qui sont soit grammaticaux soit agrammaticaux, c'est-à-dire qui satisfont ou non aux règles de formation de phrases dans une langue donnée. Ces généralités permettront au linguiste de faire des abstractions sur un point théorique particulier.

    Les analyses effectuées procèdent à l’aide d’une méthodologie rigoureuse qui permet de reproduire les résultats de façon constante. Cette méthodologie n’est pas étrangère à celle utilisée dans d’autres domaines scientifiques comme la physique ou la chimie. La méthodologie utilisée par le chercheur est en général approuvée par la communauté linguistique et considérée valable. On voit mal en effet un chimiste essayant de créer une nouvelle molécule avec une toute nouvelle méthodologie truffée d’erreurs et obtenant cette nouvelle molécule seulement dans 50% des cas. 

    Le linguiste, lui, a la tâche de déterminer les énoncés qui sont valides dans une langue, c'est-à-dire déjà été entendus ou qui sont conforme aux règles grammaticales d’une langue comme nous les connaissons. Ceci mène à la distinction entre les énoncés qui sont jugés grammaticaux, agrammaticaux, ou acceptables : 

    • Grammatical : qui respecte les règles de la grammaire d’une langue (par ex. : « Le petit chien joue dans le parc. »)

    • Agrammatical : qui viole les règles de la grammaire d’une langue (par ex. : *« Petit le chien joue parc le dans. ») À noter que l’astérisque, « * », indique que l’énoncé est agrammatical.

    • Acceptable : énoncés qui sont ou pourraient être compris ou produits par une les membres d’une communauté linguistique sans effort particulier sans nécessairement être grammatical. (par ex. : « J’ai acheté un échelle » –échelle est considéré comme féminin et non masculin, ce qui rend l'énoncé agrammatical mais néanmoins acceptable). Il existe plusieurs degrés d'acceptabilité.


    À la suite des observations précédentes, nous pouvons considérer la linguistique comme étant:

    systématique: elle possède un aspect formel et théorique qui mène à l’élaboration de modèle langagiers, 
    scientifique: procède d'une méthodologie rigoureuse et scientifique en vue d'élaboration de modèles théoriques,
    descriptive (et non prescriptive): son but est de décrire la langue en elle-même, son fonctionnement et son usage.