• L'inversion du sujet

    L’inversion du sujet après certains verbes ou un attribut du sujet

    1. Inversion après certains verbes

    Dans le cas de certains verbes exprimant un mouvement ou un état, comme venir,survenirarriversuivre,
    rester
     on peut inverser le sujet quand celui-ci est un GN ou un pronom autre qu’un pronom con­joint. Le verbe se place en début de phrase:

    Suivit un long silence.
    Les visiteurs partis, ne restèrent avec nous que mon frère et sa femme.
    Viendra le temps où le port du casque sera obligatoire pour les cyclistes.

    Les indications scéniques dans les œuvres dramatiques sont en général données de cette façon:

    Entrent deux jeunes filles.

    Bien que cet emploi relève surtout de la langue écrite, on en trouve éga­le­ment des exem­ples dans la lan­gue parlée, surtout avec les verbes arriver et entrer (par une sorte d’imitation du langage théâtral):

    Et alors à ce moment là, arrive mon père.

    2. Fréquence de l’inversion

    Cette cons­truc­tion avec verbe en début de phrase peut paraitre surprenante à l’apprenant FLE, mais elle est fréquente à l’écrit:

    Viennent ensuite divers types de verbes irréguliers.
    À cela s’ajoutent de nombreux cas qui n’ont pu être confirmés.
    Restent encore à résoudre deux problèmes.

    Autres exem­ples avec inversion du sujet:

    Suivait une liste de propositions.
    Viennent ensuite les chapitres consacrés à l’histoire des religions.
    Y sont éga­le­ment inclus les dif­fé­ren­tes options pour le master de biologie.
    Le prix principal du concours Best of Swiss Web 2009 revient à Liip. S’y ajoutent éga­le­ment d’autres distinctions importantes dans les catégories innovation, qualité et secteur public.
    Sont aussi de la culture au sens large du terme les éléments qui concernent la vie quotidienne.
    Nous avons sélectionné les meilleures pizza de St Germain des prés et des trattorias de l’Ouest parisien. Figurent aussi dans notre palmarès quelques électrons libres recommandés par de fins pizzavores.

    3. Inversion après un adjectif attribut

    Dans la langue écrite, l’adjectif attribut peut se placer en tête de phrase. Ceci n’est possible qu’avec un nombre limité d’adjectifs:

    Grande fut ma surprise.
    Heureux sont ceux qui peuvent prendre leurs vacances quand ça leur chante.
    Impénétrables sont les décisions de l’administration et impraticable reste la route qui mène au terrain de golf [relevé dans un blog].
    Telle est la proposition que nous soumet le conseil d’administration.

    L’inversion du sujet dans les incises, exclamatives ou cir­cons­tan­cielles

    1. Propositions incises

    Une proposition incise est une proposition généralement très courte, constituée d’un verbe sans objet et d’un sujet, qu’on insère dans une autre proposition pour donner des indications sur la personne qui parle ou préciser le propos d’une manière quelconque. Le plus souvent, l’ordre des mots est inversé, quoiqu’on trouve quelques cas avec ordre SVO :

    a. La proposition incise sert souvent à ajouter un commentaire restrictif sur le contenu de la phrase, par lequel le locuteur prend une certaine par rapport au contenu :

    Les syndicats sont, parait-il, disposés à accepter des négociations par secteur.
    Après analyse des résultats, il reste, semble-t-il, très peu d’indices permettant d’incriminer le virus H1N1.
    Vers le milieu du XIIe siècle, en Angleterre d’abord, semble-t-il, puis en France, le bruit courait que tous les ans à Pâques, les juifs immolaient un enfant chrétien.

    La tournure semble-t-il a plusieurs variantes avec inversion ou avec ordre SVO.

    b. Dans la langue écrite, dans un récit, on uti­li­se souvent des propositions en incise ou en fin de phrase pour indiquer qui parle ou comment on dit quelque chose (dire, crier, hurler, ajouter etc.). Dans ces in­di­ca­tions de dialogue, le sujet est régulièrement placé après le verbe :

    Arrêtez-vous, hurla le gendarme en pointant son arme.
    Qu’allons-nous faire, demanda-t-il ? – Rien ! Répondirent-ils.
    Tu vois, Gil Blas, ajouta-t-il, que je te découvre mon cœur.
    Creusez, au lieu de rêvasser ! aboya le sergent.

    Il ne s’agit cependant pas du mê­me type d’inversion que dans le cas des interrogatives : on n’ajoute pas de pronom il/elle après le verbe si le sujet est un mot autre qu’un pronom conjoint (Ton fils fait-il du foot ?). Il s’agit d’une véritable inversion simple.

    c. Dans la langue parlée, ces indications dialogiques s’uti­li­sent parfois aussi, mais on y uti­li­se l’ordre normal SVO, et on les introduit souvent par la conjonction que :

    Je veux partir seul, qu’il a dit, alors on l’a laissé partir seul.
    C’est pas croyable, ils ont dit, on vient vous aider, et vous vous nous foutez dehors.
    Je suis crevé, je suis crevé, qu’il répétait, et tout le monde se marrait.

    d. C’est ce mê­me genre d’incises que représentent les expressions de remplissagevoyez-vous , parait-t-il ), dirait-on :

    Nous avons perdu du temps pour trouver un endroit où manger. Ma femme, voyez-vous, veut absolument déjeuner dans des petits restaurants typiques.
    J’avais trouvé le tout nouveau Samsung mais il ne sortira jamais en France, dirait-on. Ça devient urgent vu que mon téléphone commence à rendre l’âme.
    La réunion mondiale pour la sécurité aura lieu, dirait-on.

    Remarque : dans la langue parlée, ces incises avec inversion sont souvent rétablies à la forme SVO suivie de la con­jonc­tion que (emploi similaire à peut-être que p. 508 §3), notamment les formes semble-t-il que et parait-il que, suivies de l’indicatif. Mais ces formes sont à éviter dans la langue écrite soignée.

    2. Phrases exclamatives

    Dans les exclamations on uti­li­se souvent l’inversion :

    Suis-je bête !
    Combien de candidats avons-nous dû refuser !

    L’inversion n’est cependant jamais obligatoire dans les tournures exclamatives, car on peut uti­li­ser des mots introducteurs comme que ou comme, après lesquels on uti­li­se l’ordre normal SVO :

    Que je suis bête !
    Combien de candidats nous avons dû refuser !

    3. Subordonnées circonstancielles

    On uti­li­se éga­le­ment l’inversion dans certaines cir­cons­tan­cielles conditionnelles ou concessives et dans des cir­cons­tan­cielles temporelles :

    L’eût-il voulu, il n’eût pas pu faire autrement.
    L’inversion, si fréquente soit-elle, relève de la langue écrite.
    À peine étais-je arrivé dans mon bureau que le téléphone se mit à sonner.

    Dans la langue courante et parlée, on uti­li­se plutôt l’ordre normal :

    Il l’aurait voulu, il n’aurait pas pu faire autrement.
    L’inversion, si fréquente qu’elle soit, relève de la langue écrite.
    À peine j’étais arrivé dans mon bureau que le téléphone s’est mis à sonner.

    En plus des cas mentionnés ici, l’inversion du sujet est uti­li­sée en français comme procédé de formation de l’interrogation directe.  

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