• Le centenaire du Titanic

    Le Titanic que "même le ciel ne pouvait couler"

     

    Le Titanic ne célèbrera pas seulement son funeste centenaire au cinéma. La commémoration du naufrage sera aussi marquée par une vente aux enchères historique à Manhattan. Quelque 5 500 objets remontés de l'épave lors des sept expéditions menées entre 1987 et 2004 - morceaux du navire, objets personnels, argenterie, porcelaine, etc. - seront cédés en un seul lot à la date anniversaire du naufrage.

    Le 15 avril marquera également le début de la protection de l'épave par la convention de l'Unesco de 2001 qui s'applique aux vestiges immergés depuis au moins cent ans. Ce texte cautionne d'ailleurs la position philosophique "mémorialiste" américaine sur la protection du légendaire paquebot. "Les Américains ont toujours voulu conserver l'épave comme un mémorial inviolable, alors que la France veut extraire des objets du site pour les exposer et barrer la route à toutes les spéculations et légendes. Cette philosophie est née en 1985 dès la première plongée sur l'épave", explique l'historien Gérard Jaeger, auteur de Il était une fois le Titanic (L'Archipel, 2012).

    Mémorial maritime international

    C'est une expédition franco-américaine qui, en 1985, a localisé leTitanic. Gisant à près de 4 000 mètres de profondeur au large de Terre-Neuve, l'épave se trouvait dans les fonds marins internationaux. "Elle échappait de ce fait à la juridiction particulière d'un État quel qu'il soit", décrypte Jean-Paul Pancracio*, professeur spécialiste du droit de la mer. La question de la protection du site et de l'inviolabilité de l'épave s'est alors posée. "Compte tenu de l'urgence qu'il y avait à protéger l'épave et dans la mesure où c'était une société d'exploration américaine, RMS Titanic (RMS), qui faisait la plupart des fouilles, le Congrès des États-Unis a adopté une loi de protection de l'épave le 6 octobre 1986, explique Jean-Paul Pancracio. Et c'est en 2004, après de nombreuses fouilles menées par des sociétés d'exploration européennes et américaines, qu'un traité a été conclu entre France, la Grande-Bretagne, le Canada et les États-Unis, donnant à l'épave le statut de "mémorial maritime international" et exigeant une autorisation préalable pour les explorations et plongées". Près de 6 000 objets ont été remontés du site, notamment grâce à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) et son fameux sous-marin Nautile. Une grande partie d'entre eux sera vendue le 15 avril, à l'occasion de ces enchères très particulières.

    RMS devra, en sa qualité de "conservateur" du site de l'épave et des objets remontés, respecter les règles fixées par la justice américaine. "Elle ne doit pas disperser la collection qui sera vendue en un seul lot, et le futur acquéreur devra aussi s'engager à conserver la collection en l'état indivisible et à exposer les objets au public régulièrement", précise Jean-Paul Pancracio.

    100 ans après son naufrage, que faire de l'épave déjà endommagée du Titanic ? "Le navire se dégrade très vite, 20 % s'est déjà dissous en raison des microorganismes", note Gérard Jaeger. Faut-il pour autant en extraire les vestiges ? Et dans quelles conditions ? Dès le 15 avril, l'exploration duTitanic sera couverte par la convention de l'Unesco de 2001 qui protège les sites archéologiques subaquatiques portant trace de l'existence humaine (exemple : le phare d'Alexandrie). "Cette convention préconise que les États coopèrent à la conservation d'un site d'épave et en assurent la conservation in situ (sur place). C'est souvent grâce à la pression et la nature chimique de l'eau que les objets non dissous par les microorganismes sont le mieux conservés", souligne Jean-Paul Pancracio.

    Des milliers d'autres épaves à protéger

    Les États parties s'engagent donc à interdire le pillage, la vente et la dispersion de l'épave et de ses éléments afin de protéger le site et veiller à ce que les restes humains soient respectés, précise l'Unesco. Ils pourront saisir les biens récupérés illégalement et fermeront leurs eaux maritimes aux navires irrespectueux. "Si par exemple un explorateur (un chercheur par exemple) veut récupérer des morceaux d'épave, il devra non seulement respecter la convention qui explique comment travailler sur un site archéologique, mais aussi en aviser l'État dont il est le ressortissant, de façon à ce que les autres États signataires donnent leur avis sur ce projet", explique Ulrike Guerin de l'Unesco. À ce jour, 41 États se sont engagés à protéger le site. La France est en cours de ratification mais le Canada et les États-Unis ne sont pas encore partie à la Convention. "Les États-Unis ont déjà réglé le problème avec une loi qui leur est propre. En outre, il faut de telles infrastructures pour se rendre sur le site et descendre sur l'épave qu'une telle opération ne pourrait pas passer inaperçue et alerterait forcément l'opinion internationale, rassure Jean-Paul Pancracio. La notoriété de l'épave est une protection en soi."

    "Le naufrage du Titanic est ancré dans la mémoire de l'humanité et je me réjouis à l'idée que ce site bénéficie désormais de la protection de la convention de l'Unesco, a déclaré la directrice générale de l'Unesco. Mais il existe des milliers d'autres épaves à protéger. Toutes ces épaves anciennes sont des sites archéologiques qui présentent une valeur scientifique". D'autant que les explorateurs sont loin d'avoir découvert l'ensemble des trésors engloutis sous les mers. "En moyenne, cinq navires par jour coulent dans le monde et cinq millions d'épaves gisent dans les fonds marins. Une grande partie de l'histoire de l'humanité est au fond de l'eau", souligne Jean-Paul Pancracio.

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