• Narrateur et point de vue

    Narrateur et point de vue

    I. Identifier narrateur et point de vue

    a.le récit est écrit à la première personne
    Le narrateur est un personnage de l’histoire. Deux cas peuvent se présenter : 
    Le pronom « je » représente l’auteur, si l’auteur raconte sa propre histoire, ou des faits dont il a réellement été témoin (autobiographie, mémoires,…)
    Ex : le journal d’Anne Frank
    Le pronom « je » ne représente pas l’auteur, mais un personnage qui raconte son histoire sans lien avec celle de l’auteur. 
    Ex : Je vis dans un puits (Ray Bradbury)

    Dans les deux cas, le narrateur ne connaît que des faits que ce qu’il a vu, compris ou entendu dire : son point de vue est interne. 

    b.le récit est écrit à la troisième personne
    Le narrateur n’est pas un personnage de l’histoire. 

    Son point de vue est interne : il entre dans la conscience d’un personnage dont il connaît les pensées et les sentiments.

    Son point de vue est externe : il décrit la réalité comme un simple observateur, sans chercher à expliquer ni à interpréter le sens des actions.

    Mais, dans la plupart des récits à la troisième personne, le point de vue du narrateur est multiple : parfois, il adopte un point de vue externe, parfois il multiplie les points de vue internes, en entrant successivement dans la conscience de plusieurs personnages, parfois il se montre le véritable « maître du jeu », en donnant une vue d’ensemble de l’espace (il  révèle et explique le cadre de l’action), du temps (il évoque l’avenir des personnages qu’eux-mêmes ignorent encore) et de l’action (il choisit de révéler certains faits, d’en passer d’autres sous silence). On parle alors de narrateur omniscient. 
    II. Introduire un récit secondaire

    A l’intérieur d’un récit, un personnage peut prendre la parole pour raconter une autre histoire. Il devient alors le narrateur de ce récit dans le récit, qu’on appelle récit enchâssé (ou récit secondaire) ; le second narrateur est appelé « narrateur secondaire ». Ce second récit peut être à la première ou à la troisième personne.  

    Exercices d’application sur Narrateur et Point de vue

    Exercice 1 : Lisez le texte et répondez aux questions:

    Lucien Leuwen avait été chassé de l’Ecole Polytechnique pour s’être allé promener mal à propos, un jour qu’il était consigné, ainsi que tous ses camarades ; c’était l’époque d’une de ces célèbres journées1 de juin, avril ou février 1832 ou 1834.

    Quelques jeunes gens assez fous, mais doués d’un grand courage prétendaient détrôner le roi, et l’Ecole polytechnique […] était sévèrement consignée dans ses quartiers. Le lendemain de sa promenade, Lucien fut renvoyé comme républicain. Fort affligé d’abord, depuis deux ans, il se consolait du malheur de n’avoir plus à travailler douze heures par jour. Il passait très bien son temps chez son père, homme de plaisir et riche banquier, lequel avait à Paris une maison fort agréable.

    Stendhal, Lucien Leuwen (1834).

    1. ce texte est un début de roman. En quel siècle, en quel lieu se situe l’action ? 

    2. Quel passage nous prouve que le narrateur connaît le passé de Lucien ? 

    3. Relevez des expressions montrant que le narrateur connaît les sentiments et les habitudes de vie du personnage. 

    4. Quel est ici le point de vue adopté par le narrateur ? 

    Exercice 2 : Lisez ce texte et répondez aux questions

    Les petites filles contemplent la Seine.

    Les petites aimaient la géante1, elles s’emplissaient les yeux de sa coulée colossale, de cet éternel flot grondant qui roulait vers elles, comme pour les atteindre, et qu’elles sentaient se fendre et disparaître à droite, à gauche, dans l’inconnu, avec la douceur d’un titan dompté. Par les beaux jours, par les matinées de ciel bleu, elles se trouvaient ravies des belles robes de la Seine ; c’était des robes changeantes qui passaient du bleu au vert, avec mille teintes d’une délicatesse infinie ; on aurait dit de la soie mouchetée de flammes blanches, avec des ruches de satin ; et les bateaux qui s’abritaient aux deux rives la bordaient d’un ruban de velours noir. Au loin, surtout, l’étoffe devenait admirable et précieuse, comme la gaze2 enchantée d’une tunique de fée ; après la bande de satin gros vert, dont l’ombre des ponts serrait la Seine, il y avait des plastrons d’or, des pansd’une étoffe plissée couleur de soleil. Le ciel immense, sur cette eau, ces îles basses de maisons, ces verdures des deux parcs, se creusait.

    Zola, La Curée.

    1. Quelle expression indique que la Seine est décrite à travers le regard des petites filles ?  A quel type de point de vue a-t-on affaire ? 

    2. Relevez les termes qui insistent sur la puissance du fleuve, et ceux qui se rapportent au vocabulaire du vêtement. 

    3. Déduisez-en les impressions et les sentiments que fait naître le spectacle de la Seine chez les petites filles. 

    CORRECTION
    1-

    1. ce texte est un début de roman. En quel siècle, en quel lieu se situe l’action ? 19è siècle à Paris

    2. Quel passage nous prouve que le narrateur connaît le passé de Lucien ? Il raconte les circonstances de l’expulsion de polytechnique qui a eu lieu deux ans avant le début de l’histoire.

    3. Relevez des expressions montrant que le narrateur connaît les sentiments et les habitudes de vie du personnage. Le narrateur le décrit comme « fort affligé » au lendemain de son expulsion. Ensuite, il montre qu’il s’est consolé. L’expression « depuis deux ans » montre que les imparfaits sont des imparfaits d’habitude.

    4. Quel est ici le point de vue adopté par le narrateur ? Le narrateur connaît le passé de son personnage. Il connaît aussi le caractère des insurgés. On est entre le narrateur interne et le narrateur omniscient.

    2

    1. Quelle expression indique que la Seine est décrite à travers le regard des petites filles ? A quel type de point de vue a-t-on affaire ? L’expression est « la géante ». Le point de vue est interne.

    2. Relevez les termes qui insistent sur la puissance du fleuve, et ceux qui se rapportent au vocabulaire du vêtement. « colossale, flot grondant, titan dompté » et « robes, teintes, soie, satin, ruban de velours, étoffe, tunique, plastrons, pans d’étoffe »

    3. Déduisez-en les impressions et les sentiments que fait naître le spectacle de la Seine chez les petites filles.Elles sont impressionnées, subjuguées par cette beauté.

    Narrateur et Point de vue : Évaluation

     

     

     

     

     

     

     

    1. gardes nationaux : policiers républicains.

    2. faisaient la haie : se postaient de chaque côté de la route.

    3. Speech : mot anglais signifiant discours.

    Texte 1

    Après avoir choisi l’exil sous le règne de Napoléon III, de 1852 à 1870, Victor Hugo revint à Paris, où à son retour fut fêté par les parisiens. Il fau élu député à l’Assemblée Nationale en Février 1871.

     

    15 février 1871.

     

    A deux heures, je suis allé à L’Assemblée. A ma sortie, une foule immense m’attendait sur la grande place. Les gardes nationaux1 qui faisaient la haie2 ont ôté leurs képis, et tout le peuple a crié : « - Vive Victor Hugo ! » J’ai répondu : « - Vive la République ! Vive la France ! ». Ils ont répété ce double cri. Puis cela a été un délire. Ils m’ont recommencé l’ovation de mon arrivée à Paris. J’étais ému jusqu’aux larmes. Je me suis réfugié dans un café du coin de la place. J’ai expliqué dans un speech3 pourquoi je ne parlais pas au peuple, puis je me suis évadé, c’est le mot, en voiture. Ils ont suivi la voiture en criant : « - Vive Victor Hugo ! »

    Victor HUGO, Choses vues, 1871-1874.

     

     

     

     

     

     

     

    1. Bicêtre : prison du Val-de-Marne

    2. Est aux fers : est enchaîné.

    Texte 2

    Un condamné à mort écrit les réflexions que lui inspirent sa condition de prisonnier et sa condamnation.

     

    Bicêtre1,

    Condamné à mort !

    Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids !

    Autrefois, car il me semble qu’il y a plutôt des années que des semaines, j’étais un homme comme un autre homme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. […]

    C’était toujours fête dans mon imagination. Je pouvais penser à ce que je voulais, j’étais libre.

    Maintenant, je suis captif. Mon corps est aux fers2 dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n’ai plus qu’une pensée, qu’une conviction, qu’une certitude : condamné à mort !

    Victor HUGO, Le dernier jour d’un condamné, 1829

     

     

     

     

     

     

     

    1. L’homme : Jean Valjean.

    2. La Croix-de-Colbas : auberge de Digne, où le héros espérait dormir. Mais l’aubergiste a appris qu’il était un ancien bagnard.

    3. Bouge : café ou bar misérable.

    Texte 3

    Jean Valjean vient de sortir du bagne, où il a passé dix-neuf ans pour le vol d’un pain et quatre tentatives d’évasion.

     

    L’homme1 baissa la tête, ramassa son sac qu’il avait déposé à terre, et s’en alla. Il prit la grande rue. Il marchait devant lui au hasard, rasant de près les maisons, comme un homme humilié et triste. Il ne se retourna pas une seule fois. S’il s’était retourné, il aurait vu l’aubergiste de La Croix-de-Colbas2 sur le seuil de sa porte, entouré de tous les voyageurs de son auberge et de tous les passants de la rue, parlant vivement et le désignant du doigt, et, aux regards de défiance et d’effroi du groupe, il aurait deviné qu’avant peu son arrivée serait l’événement de toute la ville.

    Il ne vit rien de tout cela. Les gens accablés ne regardent pas derrière eux. Ils ne savent que trop que le mauvais sort les suit. […]

    La belle hôtellerie s’était fermée pour lui ; il cherchait quelque cabaret bien humble, quelque bouge3 bien pauvre.

    Victor HUGO, Les Misérables, 1862.

     

    Voici trois textes du même auteur : Pour chacun d’eux, vous indiquerez le statut du narrateur (c’est-à-dire son point de vue). Vous devrez justifiez vos réponses en vous appuyant sur le texte.

    Par texte :

    Chaque narrateur correctement identifié /1

    Bonne justification pour chacun des narrateurs /2

    Texte 1 : Narrateur interne. Le pronom personnel employé est « je ». On a accès aux seules pensées de Hugo.

    Texte 2 : Narrateur interne. Pronom personnel est « je ». On ne connaît que les pensées du prisonnier.

    Texte 3 : Narrateur omniscient. Le narrateur sait ce qui se passe dans le dos d’un des personnages. On a accès à l’intériorité de Jean Valjean. On sait qu’il est accablé.

     Evaluation 2 (mêmes textes)

    Questions :

    Texte 1 : Relevez toutes les informations qui vous renseignent sur l’identité de l’auteur, du narrateur, et du personnage principal de ce passage. 
     
     Que pouvez-vous en conclure ? 

    Texte 2 : D’après les pronoms personnels utilisés, le narrateur est-il un personnage du récit ? Connaissez-vous son nom ? Indiquez ce que vous apprenez sur lui. 

    Texte 3 : Relevez les passages qui montrent que le narrateur connaît les pensées de ses personnages et interprète leurs attitudes. 

    Le narrateur (Remédiation)

    Lisez ces trois textes et répondez aux questions

    Les débuts de Gil Blas

    Blas de Santillane, mon père, après avoir longtemps porté les armes pour le service de la monarchie espagnole, se retira de la ville où il avait pris naissance. Il y épousa une petite bourgeoise qui n’était plus dans sa première jeunesse, et je vins au monde dix mois après leur mariage. Ils allèrent ensuite demeurer à Oviedo, où ma mère se mit femme de chambre, et mon père écuyer.

    Alain-René LESAGE, Gil Blas de Santillane (1715-1735)

    L’Eldorado

    Candide et Cacambo montent en carrosse ; les six moutons volaient, et en moins situé de quatre heures on arriva au palais du roi, situé à un bout de la capitale. Le portail était de deux cent vingt pieds de haut, et de cent de large ; il est impossible d’exprimer quelle en était la matière. On voit assez quelle supériorité prodigieuse elle devait avoir sur ces cailloux et sur ce sable que nous nommons or et pierreries.

    VOLTAIRE, Candide, 1759

    Le prince

    Elle avait ouï parler de ce prince à tout le monde comme de ce qu’il y avait de mieux fait et de plus agréable à la Cour ; et surtout Madame la Dauphine le lui avait dépeint d’une sorte et lui en avait parlé tant de fois qu’elle lui avait donné la curiosité et même de l’impatience de le voir.

    Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Louvre.

    Madame de LA FAYETTE, La Princesse de Clèves, 1678.

    1. Indiquez qui sont l’auteur, le narrateur et le personnage de chacun de ces récits. Justifiez vos réponses. 

    1. Choisissez dans la liste suivante les caractéristiques du narrateur de chacun de ces textes. Déduisez-en son point de vue.

    1. il sait tout sur l’histoire racontée.

    2. il donne une réalité au personnage.

    3. il intervient directement dans le récit.

    4. il permet au lecteur de s’identifier au personnage.

    5. il prend de la distance par rapport à ce qu’il raconte.

    6. il donne au récit un aspect objectif.

    7. il fait vivre les événements de l’intérieur.
       

    Correction

    Le narrateur (Remédiation)

    1. Indiquez qui sont l’auteur, le narrateur et le personnage de chacun de ces récits. Justifiez vos réponses.

    Les débuts de Gil Blas

    L’auteur est Lesage, le narrateur et le personnage sont la même personne : Gil Blas. En effet, le narrateur s’exprime à la première personne.

    L’Eldorado

    L’auteur est Voltaire. Le narrateur s’exprime à la troisième personne « il » et il est présent dans le récit par ses commentaires « on voit assez… »

    Les personnages sont Candide et Cacambo, nommés au début du texte et distincts du narrateur.

    Le prince

    L’auteur est Madame de La Fayette.

    Le narrateur s’exprime à la troisième personne et est absent du récit.

    Les personnages sont « elle » (en fait la princesse de Clèves), le prince et Madame la Dauphine.

    1. Choisissez dans la liste suivante les caractéristiques du narrateur de chacun de ces textes. Déduisez-en son point de vue.

    Les débuts de Gil Blas : narrateur interne

    d) il permet au lecteur de s’identifier au personnage.

    g) il fait vivre les événements de l’intérieur.

    c) il intervient directement dans le récit.

    L’Eldorado narrateur omniscient

    a) il sait tout sur l’histoire racontée.

    c) il intervient directement dans le récit.

    Le prince narrateur omniscient

    a) il sait tout sur l’histoire racontée.

    f) Il donne au récit un aspect objectif.

    e) Il prend de la distance par rapport à ce qu’il raconte.

    b) Il donne une réalité au personnage (le personnage semble exister indépendamment de lui).

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