• Noms sans pluriel

     

             L'orthographe

       Substantifs qui n'ont pas de pluriel



     


     



     

     À l'égard des noms substantifs qui sont communs,

    il semble que, par leur nature, ils doivent tous avoir un pluriel.

    Toutefois, il y en a plusieurs qui n'en ont pas,

    soit par le simple usage, soit parce qu'ils n'expriment qu'une seule chose ou qu'une seule idée.

    De ces substantifs sont :

      Les noms de métaux considérés en eux-mêmes comme orargentplombétainfercuivre,

    vif-argentbismuthzincantimoine, etc.

     Remarques

    — On dit des ors de couleursdes fers aigres

    des plombs mal posés, etc. mais c'est parce qu'on considère ces métaux comme mis en œuvre, et divisés en plusieurs parties.

    —On dit, en termes de peinture, des gloires admirables, pour des ouvrages représentant le ciel ouvert avec les personnes divines, les anges et les bienheureux.

    — On dit des charités, pour exprimer les

    actes de charité, les aumônes : faire des

    charités immenses (l'Académie française).

    — On dit aussi prêter des charités à quelqu'un, pour dire, le calomnier.

    — Ivresse : ce mot peut se dire en parlant

    des passions, et c'est dans ce sens figuré que Rousseau a dit au pluriel : Le réveil

    suit de près vos trompeuses ivresses [...].

      Les aromates comme le baume

    la mhyrrele storaxl'encensl'absynthele genièvre, etc.

      Les noms des vertus et des vices

    comme la chastetéla pudeurla gloire

    la charitéla paressel'ivressela haine,

     la bontéle couragela douceurl'inclémencel'injusticel'innocence,l'indiscrétion, etc.

     Remarques

    — Haine a un pluriel en vers et dans le

    discours élevé : Combien je fais sur

    moi faire éclater deHaines, dit Pyrrhus à Andromaque. (Fléchier)

    — Bonté. On l'emploie quelquefois

    au pluriel, mais alors il ne signifie plus simplement la vertu de bonté, mais

    ses effets, ses témoignages.

    Exemples : J'ai recours à vos bontés.

    Je rends grâce à vos Bontés. - Il a eu mille bontés pour moi.

    — Courage. On peut l'employer au

    pluriel en poésie et dans le discours

    élevé, quand on lui donne le sens de cœur, d'âme, ou bien encore, quand on le personnifie, pour lui faire signifierles hommes courageux.

    Exemples : Homère aux grands exploits anima les courages. (Boileau) - Une lâche tiédeur s'empara des courages. (Rousseau)

    — Douceur ne se dit au pluriel, que

    dans le sens figuré : Ce sont

     les douceurs de la vie, // Qui fout les horreurs du trépas. (Quinault)

    — Inclémence. Molière, dans

    ses Précieuses ridicules, a employé

    ce mot au pluriel, mais c'est en plaisantant : Voudriez-vous faquins, quej'exposasse l'embonpoint de mes plumes aux inclémencesde la saison.

    — Injustice. Ce mot ne se dit au pluriel que quand on parle des effets de l'iujustice,

    et alors il a un sens passif : j'ai enduré

    de sa part de grandes injustices.

    - Quand on veut parler du sentiment opposé à la justice, à la droiture, on doit se servir du singulier, et alors ce mot a un sens actif :la prospérité qui devrait être le privilège

    de la vertu, est ordinairement le partage de l'injustice. (Fléchier)

    — Indiscrétion. On ne le met au pluriel que quand on parle des effets de ce vice, des actions, des paroles indiscrètes : on n'a vu que trop de ces malheureuses entretenir l'audience des indiscrétions de leurs vies.

      Quelques mots relatifs à l'homme physique et moral, tels que la mollessele reposla pauvretéla bilela fiertéle méprisla renomméela clartéla captivitél'haleinel'oubli,l'obéissancel'odoratl'ouïele toucherla vuele goûtl'enfancel'adolescencela jeunessela vieillessela santéla tendressel'expériencela connaissancele bonheurle leverle coucherle penchantle silencele contentement, etc.

     Remarques

    — Repos. En architecture, ce mot se dit du palier, d'un escalier. En ce sens, il a un pluriel : les repos de cet escalier ne sont pas assez grands. - Repos s'emploie aussi au pluriel, en termes de peinture, et des ouvrages d'esprit : Dans les ouvrages comme dans les tableaux, il faut ménagerdes repos et des ombres ; tout ne doit pas être également saillant et brillant.

    — Pauvreté. Le mot pauvreté a un pluriel lorsqu'on veut parler de certaines

    choses basses et méprisables, sottes

    ou ridicules, que l'on entend dire ou

    que l'on voit faire.

    — Mépris. Quand on parle du sentiment,

    on met toujours mépris au singulier. Le pluriel ne s'emploie que pour signifier les témoignages du mépris : je ne suis pas fait pour souffrir vos mépris. (L'Académie)

    — Haleine. On dit figurément une haleine de vent, un soufle de vent. En ce sens,

    on peut en faire usage au pluriel et dire avec Boileau : Des vents les bruyantes haleines.

    — Ouïe. Au pluriel, ce mot ne se dit

    qu'en parlant des poissons.

    — Vue. Quand on parle du sens par

    lequel on apperçoit les objets, vue ne se dit qu'au singulier ; mais, quand on veut désigner l'organe même de la vue, les yeux, les regards, on peut en faire usage au pluriel : les vues courtes sont celles qui durent le plus longtemps.

    — Goût. Si l'on veut parler de l'opinion

    que l'on a de quelque chose, on peut

    l'employer au pluriel, et c'est en

    ce sens que l'on dit : on ne peut pas

    disputer des goûts.

    — Santé. On dit boire des santés 

    pour exprimer qu'on boit à la santé de

    plusieurs personnes. Le mot santé n'a

    de pluriel que dans ce dernier sens,

    et lorsqu'il est en quelque sorte personnifié.

    — Tendresse. L'Académie française ne donne d'exemples de ce mot qu'au singulier. Cependant, plusieurs écrivains en ont fait usage au pluriel : Ses tendresses redoublaient avec son estime. (Bossuet) - Je reconnais l'effet des tendresses d'Achille. (Racine)

    — Expérience. En physique, en mathématiques et en médecine, ce mot se met au pluriel.

    — Connaissance se dit quelque fois au pluriel, mais ce n'est qu'en parlant de sciences ou bien des personnes.

    — Bonheur. L'Académie décide que l'usage ordinaire de ce mot est d'être employé au singulier, mais que cependant on ne saurait condamner cette phrase : Depuis un certain temps il lui est arrivé mille bonheurs.

    — Penchant. Aufiguré, ce mot peut se dire au pluriel , quand il est employé absolument et sans compléments : Il faut combattre ses penchants. Dans tout autre cas, il se met toujours au singulier.

    — Silence. Ce n'est qu'en musique que l'on dit des silences, pour signifier une marque qui désigne un repos dans le chant. Hors

    de là, on dit toujours silence au singulier.

      Les adjectifs pris substantivement comme le beaule vrail'utile, etc.

      Certains emprunts ou noms étrangers qui ont passé dans la langue française restent invariables comme un/des indexun/des extraun/des forum, etc.

    Cependant et selon les rectifications orthographiques de 1990, les mots étrangers (y compris les mots latins) qui sont utilisés en français font leur pluriel selon les règles habituelles du français. Il n'y a aucune exception.

    Pour en savoir plus, consultez ces deux pages : Le pluriel des noms et les mots empruntés.

      Enfin, ne prennent point de s au pluriel, les mots employés accidentellement comme substantifs, tels que les on ditles qu'en dira-t-on, les unles quatreles cinqles carles siles pourquoi, etc.

    Exemple : Les siles pourquoi sont bien vigoureux ; on pourra y joindre les queles ouiles non, parce qu'il sont plaisants. (Voltaire, Lettre à d'Alembert)

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