• Pourquoi les oiseaux migrent-ils ?

    Pourquoi les oiseaux migrent-ils ?

    Par manque de nourriture 

     

     En hiver, les quantités de nourriture disponibles (notamment bourgeons et insectes) diminuent, poussant de nombreuses espèces à partir. Les granivores sont en moyenne moins migrateurs que les insectivores, car ils peuvent souvent trouver des graines même au milieu de l'hiver, alors que les insectes ne sont pour la plupart du temps pas encore disponibles. 

    Du fait des conditions météorologiques 

    Un froid vif et brutal est à l'origine de déplacements de populations d'oiseaux vers le Sud. C'est par exemple le cas des oiseaux aquatiques (canards, oies), qui sont obligés de descendre vers la France quand une vague de froid frappe leurs quartiers d'hivernage traditionnels aux Pays-Bas ou en Belgique. 

    Le rôle des rythmes biologiques 

     

    Les oiseaux seraient équipés d'une sorte d'horloge interne, entraînant une variation régulière du comportement, et qui possède sa propre fréquence. La migration est un rythme circannuel (basé sur une durée un peu supérieure à 12 mois), qui a été étudié en laboratoire. Cette horloge les motive à migrer, notamment pour les migrateurs au long cours, qui ont en outre une "volonté migratrice" supérieure aux autres espèces. Cette volonté est proportionnelle à la longueur des voies parcourues. D'autres facteurs influencent ce rythme, comme le poids, la mue, la taille, ou même la grosseur des testicules chez les fauvettes, migrateurs bien connus. En effet, le principal cycle influent est celui de la reproduction. 

    La place de la reproduction

    Il existerait des points communs entre l'instinct de reproduction et la volonté de migrer; le processus hormonal conditionnerait ainsi l'instinct grégaire. 

    L'instinct

    Les premiers indices des déplacements des oiseaux remontent aux dernières glaciations. J. Felix estime que oiseaux furent repoussés par l'avancée des glaciers. Puis le climat redevint normal, et les oiseaux retournèrent vers leurs ancien lieux de nidification. Le processus devint irréversible au bout de centaines de milliers d'années. Une théorie inverse explique que les oiseaux étaient autrefois tous tropicaux, et que la surpopulation les poussa à partir plus au Nord ; mais ils gardèrent leurs lieux d'origine en mémoire. Le chercheur A.C. Perdeck a tenté une expérience : il a séparé les jeunes des adultes qui auraient pu les pousser à les suivre pour migrer. Ils les a ensuite bagué, puis suivi, lui permettant de prouver qu'ils avaient eu l'instinct de voler dans la bonne direction. Les migrateurs posséderaient ainsi dans leur mémoire collective toutes les données relatives à leur voyage. Leur mémoire serait aussi "familiale". 

    La génétique

    L'influence d'un héritage génétique est visible chez le Coucou gris (Cuculus canorus) : les parents parasitent le nid d'un passereau, et le petit n'est pas élevé par sa propre espèce. Pourtant, chaque année les jeunes partent seuls migrer. Pour Peter Berthold, un certain nombre de données utiles pour migrer se transmettent génétiquement. Il a prouvé entre autres que la décision du départ était innée. Il a également étudié dans quelle mesure des oiseaux soumis à des influences exogènes réagissent sur plusieurs générations ; d'après ses résultats, faudrait seulement de 3 à 5 générations pour transmettre à des oiseaux sédentaires la volonté de voyager. Puisque un tel changement de comportement est possible, on comprend qu'il puisse y avoir une évolution des routes de migration chez des populations grégaires : de nouveaux sites d'hivernage plus pratiques ou plus accueillants sont ainsi adoptés. 

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    Plus la taille des ailes est grande, plus l'effort nécessaire pour effectuer un battement croit dans des proportions très importantes, d'où la nécessité d'une forte masse musculaire, ce qui limite finalement le rapport poids/superficie. Les ailes des migrateurs sont adaptées selon le Dr Christopher : il a comparé deux espèces proches, le Pouillot fitis (Phylloscopus trochilus) et le Pouillot véloce (P. collybita). Le premier est un grand migrateur et ses ailes sont bien plus longues et plus pointues ; elles offrent une plus grande surface portante, et autorisent un vol plus plané. Pour D. Burnie, des ailes longues et effilées sont les meilleures pour planer (cas des martinets ou des albatros). 
    Par contre, les canards et les oies ont des techniques de battement constant, et ont donc des ailes profilées pour les soutenir un maximum. 

    Les différences entre migrateurs terrestres et aquatiques 

    Il n'y aurait pas d'adaptation particulière à cette différence de milieu traversé. 

    L'intelligence

    On ne peut pas parler d'intelligence à proprement parler, mais certains détails ont beaucoup troublé T. Williams lors de son étude par radar. Ainsi, ayant tracé des graphes représentant les altitudes et les vitesse de vol et la météo en fonction des lieux, il a remarqué que les oiseaux montent à de hautes altitudes pour profiter des mouvements des masses d'air froid et bénéficier de conditions favorables pour voler sans trop fournir d'efforts. Les perturbations engendrées par les vents forts sont corrigées ; pour voler dans une direction donnée, les oiseaux dévient l'orientation de leur vol, et prennent en compte la vitesse du vent. Selon une étude de N. Levisalles qui a posé des balises ARGOS et des capteurs de pression sur des albatros, ces derniers optimiseraient leur route en fonction des vents en les prévoyant 12h à l'avance.

    L'orientation : les repères visuels

    P.Barruel explique que les oiseaux mettent plus de temps à s'orienter quand on les éloigne progressivement de leur site habituel. O. Fehringer a confirmé que les pigeons avant de partir s'élèvent jusqu'à 600 m, certainement pour avoir une vue d'ensemble du secteur. Mais comment font les oiseaux voyageant de nuit ? 

    L'orientation : la force de Coriolis ? 

    O. Fehringer compare ce phénomène à celui d'un manège en rotation : les oiseaux percevrait par leur oreille interne la rotation de la Terre, comme nous ressentons le mouvement du manège. Mais déjà en 1953, Paul Barruel ne considérait pas cette hypothèses comme valable. L'orientation : une dynamo interne P. Barruel a aussi émis l'idée qu'il pourrait se créer un courant électrique à l'intérieur du système sensoriel de l'oiseau quand il se déplace dans le champ magnétique terrestre. Mais en le calculant, on se rend compte que les variations seraient trop infimes. 

    L'orientation : les infrasons 

    Ces vibrations non perceptibles par l'homme sont émises différemment par les montagnes et par les océans ; ainsi un oiseau allant du Nord au Sud à travers le continent américain " entendrait " sur sa droite l'Océan Atlantique, alors qu'à l'ouest "résonneraient" les Montagnes Rocheuses. 

    L'orientation : l'observation des étoiles 
     

    Les plus anciens marins utilisaient la fixité de l'étoile polaire comme point de repère vers le Nord. Les oiseaux utiliseraient aussi les astres pour se repérer la nuit. Le Dr. Christopher a réalisé une expérience en planétarium : des fauvettes ont été placées sous un ciel artificiel ressemblant à celui d'un soir d'automne, et elles se sont orientées vers le sud, alors que dans un ciel sans étoiles, elles étaient désorientées. 

    L'orientation : l'orientation solaire 

    G. Kramer fut l'un des premiers à mettre en place des expériences décisives prouvant que les oiseaux respectaient un certain angle de vol par rapport aux rayons du soleil. Il construisit une cage spéciale équipée d'un jeu de miroirs changeant la direction des rayons du soleil. Il y plaça des oiseaux en période de migration et observa qu'ils prenaient en compte la déviation angulaire produite par le dispositif. O. Fehringer a imaginé une autre expérience consistant à créer un système de mouvements utilisant un projecteur comme soleil artificiel. Les conclusions furent que les oiseaux utilisent une horloge interne qui rectifie les coordonnées changeantes du soleil. 

    L'orientation : la boussole 

    Longtemps on a voulu démontrer que les oiseaux utilisaient le champ magnétique terrestre pour se diriger. On avait eu l'idée de fixer un petit aimant sur la tête d'un oiseau pour voir si il était désorienté, ce qui n'était pas le cas. Cette théorie a donc été abandonnée assez vite. Elle fut pourtant reprise plus récemment et P.Huet a considéré le sens magnétique comme l'élément de base d'orientation servant à apprécier l'inclinaison de la ligne d'horizon, leur indiquant le pôle ou l'équateur. 

    L'orientation : une véritable navigation 

    Les principaux moyens d'orientation semblent être l'utilisation de la position du soleil et la prise en compte du champ magnétique. Les oiseaux semblent en plus posséder une " carte " interne du globe. Les oiseaux feraient donc le "point" comme les navigateurs, ce qui demande tout de même de bonnes bases mathématiques... 

    L'orientation : les aléas 

    Malgré tous instruments de vol à leurs disposition, il arrive que des oiseaux se perdent, et ne reviennent jamais. T. Williams, qui a étudié les trajets des oiseaux en plein Atlantique, a constaté les problèmes rencontrés lors des tempêtes ou dans le brouillard ; il a vu en mer des milliers d'oiseaux tourner autour des navires, se heurtant aux mats et aux drisses. Dans des circonstances aussi difficiles, peu survivent. Les moyens d'orientation étant certainement visuels ou magnétiques, les oiseaux sont désorientés. Ainsi, alors que les oiseaux migrent pour trouver de meilleures conditions d'alimentation, les pertes causées par le phénomène sont très importantes, ce qui toutefois ne menace pas l'équilibre des populations (hors facteurs humains). 

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Image qui suit la souris

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