• Sarkozy l'imposteur

    Adieu Sarkozy l’imposteur !

    À l’heure où j’écris ces lignes, les élections ne sont pas encore pliées. Il reste 48 heures aux indécis pour faire leur choix et à Nicolas Sarkozy pour vivre dans ses habits de Président. Mais je n’attends pas le verdict des urnes. Je lui dis : «Adieu Monsieur l’Imposteur !»


    Depuis 2004, année de création de notre association de défense des droits des actifs avec ou sans emploi et du site Actuchomage.org, nous n’avons cessé de dénoncer les impostures de Nicolas Sarkozy. Nos mots furent durs mais justes pour décrypter méthodiquement le parcours politique d’un homme qui a souvent versé dans la facilité et qui brille par l’inconsistance de ses actions. 

    La facilité, Nicolas Sarkozy en a fait sa marque électorale en tant que Maire de Neuilly-sur-Seine, une municipalité définitivement acquise à la droite, et en qualité que Président du Conseil général du 92, un département tout aussi résolument ancré à droite. Les prises de risque étaient alors pour lui quasiment nulles.

    L’inconsistance de son action a éclaté au grand jour en 1995, lorsqu’il s’est engagé aux côtés d’Édouard Balladur pour les présidentielles. Un engagement auréolé du succès qu’on connaît et, peut-être aussi, de possibles carambouilles financières que pourrait prochainement dévoiler le volet judiciaire de l’affaire Karachi. 

    Si le ralliement à Édouard Balladur lui vaut une intraitable mise à l’écart de la part du clan Chirac, l’homme a du ressort, de l’énergie, de l’ambition, et il ne tardera pas à revenir sur le devant de la scène politique. Pour autant, ce come-back ne sera pas plus couronné de succès. 

    Secrétaire d’état chargé du Budget, ministre de l’Économie et des Finances, ministre de l’Intérieur, l’inconsistance de ses actions se soldera par un accroissement considérable de la dette et des déficits publics, par une destruction accélérée de l'industrie française et, cerise sur le gâteau, par des émeutes, celles de 2005, les plus ravageuses depuis Mai 68. Chapeau l’artiste ! 

    Nous n’avons cessé de décrypter ce parcours contreproductif alors que les grands médias, eux, s’acharnaient à présenter Nicolas Sarkozy sous les traits d’un homme providentiel et d’un nouveau venu dans la vie politique. Ce sont cette imposture et cette manipulation que nous dénoncions. Car «L’homme de la rupture» n’est autre que «l’homme du super bobard». 

    Avec Sarkozy, plus c’est gros, plus ça passe ! Et les électeurs sont tombés massivement dans le panneau de ses promesses en 2007. À peine élu, la chansonnette du «Président du Peuple», du «Président antisystème» a viré à la cacophonie qui, par ses fausses notes et ses couacs, a sévèrement douché le populo. Mais pas seulement… 

    L’électorat traditionnel UMP a aussi été déstabilisé par la posture présidentielle, dès l’entame de son quinquennat. Soirée au Fouquet’s, vacances sur le yacht de Bolloré, dérives bling-bling, Rolex, affaire Bettencourt… tout a été fait pour contrarier les bourgeois bon chic bon genre qui n’apprécient guère le tape-à-l’œil nouveau riche et le m’as-tu-vuisme. 

    À peine élu et avant même que la crise ne s’invite, Nicolas Sarkozy a dégringolé dans les sondages, lâché par les classes populaires qui crurent à ses boniments, et aussi par des catégories supérieures lassées de son arrogance. 

    Le président sortant ne s’en est jamais remis !

    Lui, évoque la crise pour justifier ce désamour. Il se trompe. Son sort était scellé 12 mois après son élection. Son comportement, sa désinvolture, son opportunisme, ses maladresses, ses mensonges, ses mots blessants ont choqué. Il aura fallu moins d’un an pour que les Français découvrent (enfin !) Sarkozy l’imposteur.

    C’est vrai que la conjoncture économique ne lui a pas facilité la tâche. Cependant, ce que l'on attend d’un grand homme d’état, c’est une vision d’avenir qui se construit sur des capacités d’anticipation et d’innovation. Dans ce registre, Nicolas Sarkozy n’a rien vu venir ou n’a rien voulu voir venir. 

    Avant mai 2007, les nuages menaçants s’amoncelaient à l’horizon. Sur la scène politique, François Bayrou en fut certainement un annonciateur bien inspiré mais peu écouté. Et des dizaines d’économistes (notamment ceux qu’on entend le moins dans les médias, comme Frédéric Lordon) tiraient la sonnette d’alarme. Le système financier était à deux ou trois mois d’imploser.

    En 2007 pourtant, alors que tous les voyants incitaient à la prudence, la machine à promesses Sarkozy s’est emballée sur les questions de pouvoir d’achat, d’accès à la propriété et de réduction du chômage qui constituent les trois priorités de l’électorat populaire. 

    Je ne dresserai pas ici le bilan de 5 années de présidence Sarkozy. Un seul indicateur suffira à en fixer la tonalité. Le président sortant avait promis un chômage à 5% de la population active à la fin de son quinquennat. Nous sommes à pratiquement 10% dans la seule catégorie A et à plus de 20% si l’on compte tous les inscrits à Pôle Emploi. Chapeau l’artiste !

    Je ne ferai pas ici la compilation de toutes les infamies, calomnies, diatribes prononcées par Sarkozy et ses aboyeurs contre les Chômeurs et les Précaires. La liste serait trop longue. Un des leitmotivs de cette présidence a été de culpabiliser plus encore celles et ceux qui sont touchés par le chômage, et à dresser systématiquement les travailleurs contre les «assistés» qui profiteraient du système de protections sociales. 

    Ces invectives indignes, infondées, mensongères, ne méritent qu’une chose : la porte ou, mieux encore, la poubelle ! 

    Dans ce contexte nauséabond, notre association a tenté de résister au rouleau compresseur de la calomnie et de la destruction des droits sociaux. Ce, avec 5.000 euros de budget de fonctionnement annuel. Un exploit !

    Outre notre décryptage de la «méthode Sarkozy», outre la dénonciation de la «chasse aux chômeurs», des mensonges qui parsemaient ses discours, des promesses qui étaient intenables, des injustices qui s’amplifiaient, nous nous sommes bagarrés sur des sujets qui nous placent encore et toujours à l’avant-garde. 

    Nous qui militons depuis 2004 pour la rénovation de notre Démocratie et l’avènement de la VIe République, nous nous sommes farouchement opposés à la réforme de la Constitution (finalement adoptée grâce à la voix de Jack Lang). 

    Par nos mobilisations «Chômage Année Noire», nous avons été les premiers à alerter l’opinion et les médias de la catastrophe qui n’annonçait fin 2008 et qui s’amplifie encore aujourd’hui, ce raz-de-marée des licenciements. 

    Nous avons activement participé à toutes les grandes mobilisations sociales traditionnelles (réforme des retraites, privatisation partielle de La Poste…) et alternatives (tentatives de mobilisation des Indignés de France). 

    Nous avons été sur tous les fronts. Nous avons réalisé des dizaines de reportages vidéo, rédigé des centaines d’articles, répondant ainsi à la demande de notre lectorat très largement, reconnaissons-le, favorable à Jean-Luc Mélenchon (qui a recueilli près de 38% des intentions de vote de nos lecteurs) et à François Hollande, près de 23% [1].

    Au regard de nos engagements collectifs, de nos actions, de nos convictions, je ne peux que voter pour François Hollande. M’abstenir serait indigne de ma fonction et de ma mission. Je ne prendrai donc pas le risque de voir Nicolas Sarkozy nous imposer 5 nouvelles années d’impostures. 

    Je souhaite à notre nouveau Président de la République bon courage pour les mois à venir car, à en croire la CGT et la CFDT, des dizaines de milliers de licenciements auraient été différés à la demande des organisations patronales favorables à Nicolas Sarkozy, afin de ne pas plomber plus encore son bilan. Nous devrons donc poursuivre la mobilisation. 

    Mais il est probable — pour ne pas dire certain — que, sous François Hollande, nous pourrons enfin concentrer toute notre énergie sur les questions essentielles : Comment faire reculer le Chômage et la Précarité ? Comment assurer à Chacune et Chacun, avec ou sans emploi, un niveau de vie correct, décent ? 

    Plutôt que d’avoir à nous disperser, comme Nicolas Sarkozy nous y a contraints. 

    «Diviser pour mieux régner», dit l’adage. Peut-être, mais ça ne dure qu’un temps !