• La nouvelle policière

    La nouvelle policière

    La nouvelle policière commence par un délit comme→ un vol,un meurtre,une attaque à mains armées,un rapt (c'est-à-dire le fait de s'emparer d'un enfant par exemple pour demander une rançon)

    Elle se construit ensuite autour de→ l’enquête menée par→ un détective, professionnel ou amateur. L’enquête est donc la partie →la plus importante de la nouvelle policière, car elle rassemble tous les éléments qui permettront au détective d’élucider le méfait et d’appréhender le coupable. Voici une liste des principaux éléments que votre enquête devrait contenir :

     Le malfaiteur : l’auteur du délit.

    Le détective (professionnel ou amateur): le personnage dont la mission est d’élucider le méfait.

    La victime : la personne qui subit le méfait.

    - Le méfait : crime, vol, événement mystérieux et désagréable

    Le mobile : raison pour laquelle le méfait a été commis (argent, amour, vol, ambition, vengeance, éliminer un témoin gênant)

    -La manière dont le méfait a été commis : (lieu, heure, arme, etc).

    Le brouillage des pistes : la manière dont le coupable a brouillé les pistes pour éviter d’être accusé (déguisement du malfaiteur, faux indices, etc)

    - La scène du crime : l’endroit où le méfait a été commis et les indices que le malfaiteur a laissés derrière lui.

    - Le cadre de l’enquête : les lieux où évoluent les personnages impliqués dans l’enquête

    Les témoins : il s’agit soit de témoins du crime, soit de témoins qui permettent de vérifier les alibis d’autres personnages.

    - Les suspects : toutes les personnes qui auraient pu commettre le méfait

    - Les mobiles : les raisons pour lesquelles les suspects auraient pu commettre le méfait.

    - Les alibis : qui se trouvait où, et pour quelle raison, au moment où le crime a été commis

    - Les indices: les informations qui peuvent incriminer tel ou tel suspect(des objets, des phrases qui les ont trahi, des témoignages qui se contredisent, des preuves scientifiques, des empreintes, …)

    -Date/heure limite pour démasquer le coupable : pour augmenter le suspense, de nombreux auteurs introduisent une limite de temps pour résoudre l’enquête. Au-delà de cette limite, le malfaiteur s’en tirerait indemne ou bien commettrait un méfait encore plus grand.

    -Les circonstances dans lesquelles le détective affronte le malfaiteur (facultatif) : juste avant la fin de l’histoire, alors que le détective est prêt à démasquer le coupable, ce dernier va essayer de l’empêcher de parler. À ce moment-ci, le coupable sera arrêté, ou bien il réussira à s’échapper (flechepoint culminant de l’enquête).

    Exemple de nouvelle policière

    Lisez-la entièrement. Bonne lecture.

    Le chien à l'oreille coupée, une enquête de Cédric Boukerma

    Par Jocelyne Duparc

    Pensif, l’homme raccrocha le combiné. Tout c’était si bien passé jusqu’à présent... Le permis d’inhumer avait été délivré et hormis la part infime réservée à Stéphanie, les biens de sa défunte épouse lui revenaient de droit. Et voilà qu’une petite garce risquait de tout faire capoter ! Pourtant, il avait habilement mené le jeu. A maintes reprises, il avait constaté que le vieux pharmacien prêtait moins d’attention aux ordonnances vétérinaires qu’aux autres. Malgré tout, il aurait dû se méfier de la fille ! Elle connaissait trop bien l’écriture des différents prescripteurs de la région. Il se rassura en pensant à la façon dont il était parvenu à l’embobiner. Il avait fait semblant de céder mais c’est lui qui avait fixé le lieu du rendez-vous. Elle ne s’était doutée de rien.
    D’un pas décidé, il gagna le parking. Une fois installé au volant, il s’accorda un instant de réflexion. A présent, il ne laisserait rien au hasard ! Il sursauta soudain !
    - Le tatouage ! Merde ! J’ai failli oublier le tatouage du chien ! La bête est sûrement morte à l’heure qu’il est, mais ce foutu tatouage...

    Cédric sourit en voyant Carolina accourir, un bloc sténo à la main.
    - Détends toi un peu ! Tu as vu l’heure qu’il est ? Fred ne va pas tarder, on peut boire un verre en l’attendant !
    La sonnette de l’entrée retentit. Carolina se dirigeait déjà vers la porte mais celle-ci s’ouvrit à la volée. Fred apparut dans l’embrasure, la mine réjouie, la mèche rebelle sur l’oeil et brandissant un magnum de Champagne.
    - Frédéric Faivert, votre expert comptable préféré... Pour vous servir, belle dame !
    Cédric contourna le bureau pour accueillir son ami, tandis que Carolina s’occupait des coupes à Champagne.
    Lorsqu’ils eurent tous trois un verre en main et après leur habituel échange de plaisanteries, Fred orienta la conversation vers un sujet qui lui tenait à coeur.
    - Tu connais mon client Chevier ?
    - Celui des composants électroniques... Tu m’as traîné à un cocktail mortel chez lui, l’été dernier !
    - Oui, c’est bien lui. Et, à propos de « mortel », on m’a raconté une drôle d’histoire à son sujet ! Tu dois te souvenir de sa belle-fille, Stéphanie, c’était la seule belle meuf de la soirée ! Eh bien ! Je l’ai rencontrée cet après midi. Elle a le moral à zéro, la pauvre... Sa mère vient de mourir. Mais le plus beau, c’est qu’elle pense que Chevier l’a assassinée ! J’aimerais bien mener une enquête discrète...
    Devant son air conspirateur, Cédric ne put s’empêcher de rire. Se tournant vers Carolina, il précisa.
    - Cette fille est vraiment superbe. Mais, contre toute attente, ça fait deux ans qu’elle résiste au plus beau comptable de la région parisienne !
    - Justement, tu nous imagines volant au secours de l’orpheline ? On démasque l’affreux beau-père et, pour moi, l’affaire est dans le sac !
    - Et t’es certain qu’elle fabule pas ?
    - A vrai dire, j’en sais rien... Financièrement ce décès arrange pas mal les affaires de Chevier ! Selon les accords qu’ils avaient conclus à leur mariage, il récupère toutes ses parts de la société ! La petite dit que sa mère voulait modifier ces dispositions. Il paraît qu’elle se méfiait de son mari. Elle était suivie pour un problème cardiaque et il aurait tenté je ne sais quelle magouille parmi ses médicaments. Depuis, elle cachait soigneusement ordonnances et potions ! La pauvre femme est morte dimanche dernier dans leur maison de campagne.
    - Est-ce qu’il y a eu enquête ?
    - Non, ça c’est passé dans un bled d’Eure et Loir où Chevier fait figure de notable !
    - Et toi, t’en penses quoi du bonhomme ?
    - Pour moi, c’est un bon client. Avec lui, pas de problème de règlement, il paie rubis sur ongle ! Il est plutôt sympa... Du genre bon vivant et dragueur invétéré !
    Après un instant d’hésitation, Fred reprit :
    - Mais, tu vois... Il ne me paraît pas impossible qu’il ait voulu se débarrasser de sa femme. Elle était beaucoup plus âgée que lui et c’est elle qu’avait toute l’oseille.
    - C’est quoi leur patelin d’Eure et Loir ?
    - Saint Julien... C’est entre Chartres et Nogent le Rotrou.
    - On n’a rien prévu pour le week-end. Ça te dirait d’aller respirer l’air pur de Saint Julien ?
    - Tu veux dire que tu es partant pour endosser la cape de Sherlock Holmes ?
    - C’est ce que tu voulais, non ?
    - Si tu es d’accord, moi je ne demande pas mieux ! Qu’est-ce que tu en penses, Carolina... Tu nous accompagnes ?
    La jeune fille déclina l’invitation. Elle avait repris des cours de comptabilité et préférait rester réviser.
    Cédric se dirigea vers le téléphone.
    - Je passe un coup de fil à Roger. Il va bien nous trouver un contact à la gendarmerie du coin !

    Ils mirent près de deux heures pour atteindre Nogent le Rotrou. Il était trop tard pour contacter la gendarmerie aussi partirent-ils en quête d’un hôtel confortable et d’une auberge pour dîner.
    Le lendemain, l’adjudant-chef Etiennet, averti de leur visite par Roger Flandrois, les accueillit chaleureusement.
    Il leur parla volontiers des Chevier qui passaient chaque fin de semaine à Saint Julien. Il décrivit Madame Chevier comme une femme charmante. Tous ceux qui la connaissaient avaient été consternés par sa disparition prématurée. Au village, on l’aimaient bien, elle semblait plus accessible, plus modeste que son mari. A part ça, il n’y avait rien à dire, c’était un couple sans histoires.
    Etiennet dut s’interrompre pour prendre une communication urgente. Fred et Cédric étaient déçus, ils espéraient plus de cet entretien.
    Lorsqu’il eut terminé sa conversation, Etiennet revint vers eux. Il paraissait tout excité.
    - Je ne peux rien dire d’autre sur Chevier... Mais, si ça vous intéresse, je vous invite à m’accompagner, j’ai quelque chose de plus passionnant à vous proposer. Un chasseur vient de découvrir un cadavre dans la Forêt du Gros Chêne !
    Cédric et Fred ne se le firent pas répéter deux fois ! Ils sautèrent dans leur voiture et suivirent la fourgonnette de gendarmerie. Les gendarmes s’arrêtèrent devant un vieux chalet à moitié écroulé. Les deux amis pénétrèrent dans la bicoque à la suite des hommes de la maréchaussée.
    Le tableau qui s’offrit à leur vue était très éprouvant. Fred n’était pas habitué à ce genre de spectacle et sentit son estomac remonter de vingt bons centimètres !
    Sur le plancher poussiéreux, une femme gisait dans une mare de sang à moitié coagulé. Une de ses jambes était bizarrement repliée sous elle et ses yeux fixaient un point imprécis du plafond délabré.
    Etiennet se pencha pour mieux l’examiner.
    - Aucun doute sur son état de santé !
    Tout à coup, un faible bruit s’échappa d’un tas de bois et de vieux sacs de toile empilés dans un angle de la pièce. Les gendarmes s’activèrent pour dégager l’endroit. Stupéfaits, ils découvrirent un chien, un boxer maigre à faire peur. Son collier était relié par une chaîne à un anneau scellé dans le sol. Un mince filet de sang s’écoulait encore de l’énorme plaie qui lui zébrait le thorax. Il n’avait plus qu’une oreille, l’autre avait été sectionnée au raz du crâne.
    Bizarrement, et peut-être parce que l’animal supplicié vivait encore, la scène parut à Cédric plus hallucinante, plus horrible à regarder que le cadavre de la femme gisant à deux pas.
    Il se précipita pour retirer le collier et libérer le chien.
    - Ne touchez à rien ! S’écria Etiennet.
    - Il vit encore, il faut le conduire d’urgence chez un vétérinaire !
    - Pas avant qu’on ait fait toutes les constatations. De toute façon, dans son état, il est perdu !
    Cédric prit le chien dans ses bras. Il était plus léger qu’un moineau !
    L’adjudant-chef voulut s’interposer. D’un coup d’épaule, Cédric le repoussa et fonça vers sa voiture emportant la pauvre bête. Il se doutait qu’Etiennet serait furieux et culpabilisait un peu de laisser Fred seul aux prises avec les gendarmes en colère ! C’était plus fort que lui, il lui était intolérable de regarder cet animal souffrir, sans réagir.
    Il roula très vite jusqu’au bourg. A chaque cahot le chien laissait fuser un faible gémissement. A l’entrée de l’agglomération, il eut la chance de repérer immédiatement l’enseigne d’un cabinet vétérinaire.
    La salle d’attente était bondée, pourtant, dès qu’ils virent l’état de l’animal que Cédric portait avec précautions, d’un commun accord, les autres clients lui cédèrent la priorité.
    Sur un appel de l’assistante, Cédric pénétra dans le cabinet médical et déposa son protégé sur la table d’auscultation. Ces yeux rencontrèrent alors ceux du vétérinaire ! Le médecin des animaux n’avait pas trente ans et c’était une magnifique brune au regard sombre.
    Elle ne se contenta pas d’être belle, elle fut également rapide et efficace. Avec des gestes précis de professionnel, elle examina le chien puis demanda à Cédric de patienter dans la salle d’attente.
    Au bout d’un moment, Cédric fut autorisé à la rejoindre. Elle ne cacha pas son inquiétude.
    - J’ai rarement vu un animal dans un état pareil ! Je l’ai mis sous perfusions. Il a perdu beaucoup de sang et il est complètement déshydraté ! C’est votre chien ?
    - Non, je viens de le trouver ! Pensez-vous qu’il s’en sortira ?
    - Je ne peux pas encore me prononcer. Je vais le garder en observation... Il est évident qu’on lui a coupé l’oreille pour faire disparaître le tatouage ! La grosse plaie au thorax aurait dû l’achever, mais la lame a dérapé sur une côte... Il peut s’en tirer, il est robuste pour avoir enduré tout ça !
    - Je vous remercie, Mademoiselle. Voulez-vous que je vous règle maintenant ?
    - Non, repassez ce soir... Je saurai si son état s’est stabilisé. Ah ! Oui... Il y a autre chose...
    - Oui...
    - Voilà... Je me demande s’il ne faut pas prévenir la police... L’arme qu’on a utilisée contre lui ne semble pas courante. On dirait un très grand couteau, à lame forte et effilée... Peut-être une arme ancienne... Je m’y connais un peu, mon père est médecin légiste !
    - Justement, les gendarmes s’occupent de l’affaire. J’étais avec eux quand on a découvert ce chien dans des circonstances assez particulières !
    - Vous étiez avec les gendarmes de Saint Julien ?
    - Oui, l’adjudant-chef Etiennet.
    - Oh ! Alors, dites-lui de passer me voir, j’ai quelque chose pour lui. Je m’appelle Lucie Germain, il me connaît.
    Elle montra un petit sachet en matière plastique transparente.
    - Le chien avait ceci coincé sous ses babines... C’est un lambeau de chair, il a dû mordre son agresseur. Mais dans l’état de faiblesse où il se trouvait, il n’est même pas parvenu à déglutir !

    S’arrêtant devant la cabane forestière, Cédric se demandait quel accueil lui serait réservé ! Heureusement, Etiennet semblait s’être calmé. Fin stratège, Fred avait dû user de toute sa diplomatie pour vaincre l’humeur massacrante du gendarme !
    Ce dernier se dérida complètement quand Cédric lui parla de la pièce à conviction trouvée par Lucie Germain et lui fit part des réflexions de la jeune femme au sujet de l’arme utilisée. Le médecin légiste avait déjà emporté le corps de la victime. Laissant sur place quelques hommes chargés de collecter des indices, Etiennet se hâta vers la ville. Il était pressé de soumettre à l’analyse les débris de chair prélevés dans la gueule du boxer.
    Cédric et Fred regagnèrent leur hôtel. Ils déjeunèrent, puis Fred décida d’aller rôder vers la propriété de Chevier. Cédric commença la rédaction d’un article sur le crime de la Forêt du Gros Chêne. De temps en temps, plus pour se rassurer que pour consulter l’heure, il sortait de sa poche sa vieille montre de gousset et en activait le remontoir. Il ne pouvait s’empêcher de penser au chien qui luttait contre la mort. Il n’écrivit pas grand chose...
    Fred le rejoignit vers dix-sept heures. Il n’avait rien décelé du côté de la villa des Chevier. Par contre, il était passé à la gendarmerie et connaissait l’identité de la victime. Il s’agissait de la jeune assistante d’un pharmacien du village voisin.
    Les deux amis décidèrent de se rendre, à pieds, jusqu’au cabinet du vétérinaire. La jeune femme les accueillit avec le sourire. Elle avait terminé ses consultations et semblait plus détendue. Elle était à présent plus optimiste quant au sort du boxer. Il avait mangé, il était calme et réagissait bien.
    - Pendant quelques jours, il aura encore besoin de soins. Mais vous pourrez le récupérer... C’est vrai... J’oubliais qu’il n’est pas à vous !
    Cédric s’étonnait lui-même de tant s’inquiéter pour ce chien que la veille encore il ne connaissait pas !
    - Si personne ne le réclame, je le garderai volontiers.
    Comme si une idée lui revenait soudainement à l’esprit, la jeune femme reprit :
    - Je crois avoir déjà vu ce chien. Je l’ai reconnu grâce à son étoile blanche sur le front. Tout à l’heure, avec tout ce sang, on ne la voyait pas ! C’est un homme qui me l’a amené... Il y a un mois environ... Je l’ai examiné, il était en bonne santé.
    Selon son habitude, Fred ne pu s’empêcher de blaguer :
    - Ah ! Vous soignez également les hommes... C’est bon à savoir !
    En riant, Lucie répliqua :
    - Mais non... Je parlais du chien ! Je m’en souviens parfaitement parce qu’après leur départ, je ne trouvais plus mon bloc d’ordonnances. J’ai même eu des doutes, il y a des gens qui trafiquent les ordonnances... des affaires de drogue...
    Au même moment, la sonnerie de la porte d’entrée retentit. La jeune femme s’éloigna pour accueillir son visiteur.
    Le visiteur était une visiteuse que Lucie Germain leur présenta.
    - Nathalie Descours, ma meilleure amie... Nous avons l’intention de dîner à l’extérieur. Quand vous êtes arrivés, je m’apprêtais à fermer le cabinet.
    - Oh ! Je suis navré, nous vous avons retardée !
    - Cela n’a aucune d’importance, nous ne sommes pas pressées... N’est-ce pas, Nathalie ?
    Cette dernière remarque retentit aux oreilles des deux hommes comme un appel du pied ! Fred s’empressa de répliquer.
    - Si vous n’avez pas d’engagement particulier, peut-être consentiriez-vous à dîner en notre compagnie ?
    Les jeunes femmes échangèrent un regard. Elles avaient prévu un dîner morose au snack du coin et cette invitation inopinée parut les réjouir !
    - Acceptez, je vous en prie, reprit Cédric. Nous ne connaissons pas la région. Vous pourriez nous indiquer un bon restaurant.
    - C’est d’accord ! Le temps de donner quelques instructions au garde de nuit...
    - Avant de partir, est-ce que je pourrais voir ce pauvre chien ? demanda Cédric.
    - Bien sûr, venez...

    L’auberge était agréable et les jeunes gens s’installèrent autour d’une table ronde, près de la cheminée.
    Ils devisaient gaiement en sirotant leurs apéritifs quand un personnage inattendu fit son entrée. Fred poussa Cédric du coude.
    - Mate çui qui vient d’entrer... Avec la blonde... C’est Chevier !
    Jacques Chevier parut hésiter. Il venait de reconnaître Fred. Il s’avança vers leur table et les salua cordialement.
    - Quel plaisir, Monsieur Faivert ! Vous êtes de passage dans notre belle région ?
    Les deux hommes échangèrent quelques banalités puis le maître d’hôtel entraîna Chevier et sa compagne vers une salle de l’étage supérieur. Dès qu’ils se furent éloignés, Lucie se tourna vers Fred.
    - Vous connaissez cet homme ?
    - Oui, c’est un de mes clients...
    - Mais... C’est lui... Le propriétaire du chien !
    - Attendez... Vous en êtes certaine ? Je le connais depuis plus de trois ans, il n’a jamais eu de chien ! Quoi que...
    Fred laissa sa phrase en suspens.
    - A quoi penses-tu ? Lui demanda Cédric.
    - Eh bien ! Non... Ce serait trop énorme !
    - Vas-y ! Dis ton idée !
    - Chevier collectionne les armes blanches. Il possède une magnifique série de couteaux Bowie ! Il me les a montrés plus d’une fois... Les blessures de la femme et du chien...
    Cédric reprit.
    - Une pharmacienne... Des ordonnances... Une crise cardiaque...
    - Mais, de quoi parlez-vous ? S’écrièrent en choeur Lucie et Nathalie.
    - Nous ne vous avions pas tout raconté au sujet de cette affaire ! Tu leur expliques, Fred ? Pendant ce temps, je vais appeler Etiennet.
    En revenant s’installer auprès de ses amis, Cédric arborait un petit air satisfait !
    - Apparemment, Etiennet ne m’en veut plus du tout d’avoir fait soigner le chien sans son autorisation ! Il nous propose de le rejoindre tous les quatre après le dîner pour parler de l’affaire, devant un dernier verre. De plus, le légiste lui a déjà remis ses conclusions. C’est bien la même arme qui a été utilisé contre la femme et le chien. L’hypothèse du couteau Bowie lui convient à ravir !

    Le lendemain matin, les gendarmes de Saint Julien se rendirent au domicile de Jacques Chevier. Celui-ci ne s’attendait pas à cette visite et vint ouvrir la porte en bras de chemise. La première chose qu’Etiennet remarqua fut le pansement qui ornait son poignet droit.
    Ensuite, tout alla très vite. Chevier ne s’entêta pas longtemps. Dès que les analyses génétiques eurent prouvé l’origine des débris de chair retrouvés dans la gueule du chien, il avoua tout.
    Espérant s’introduire chez un vétérinaire sans éveiller les soupçons, il avait volé un jeune chien chez un éleveur. Aussitôt le bloc d’ordonnances en sa possession, il s’était débarrassé du boxer en l’attachant dans une cabane perdue au fond d’un bois. Malheureusement pour lui... Et pour elle ! L’assistante du pharmacien connaissait bien l’écriture de Lucie Germain. Elle savait aussi que le couple Chevier n’avait pas de chien. A l’annonce du décès de Madame Chevier, elle s’était souvenue du médicament remis au mari et le soupçonna d’avoir rédigé lui-même une fausse ordonnance afin d’empoisonner sa femme. Elle entreprit de le faire chanter ! Acculé, Chevier n’avait pas imaginé d’autre alternative que de la tuer. Collectionneur de couteaux, il n’eut que l’embarras dans le choix des armes !

    Avant de regagner Paris, Cédric passa faire ses adieux à Lucie. Elle était justement en communication téléphonique avec le propriétaire du chien. Celui-ci n’avait pas le temps de se déplacer pour récupérer son animal aussi Cédric proposa-t-il de le reconduire.
    Cédric et Fred reprirent la route de Paris, le boxer confortablement installé sur le siège arrière de la Jaguar.
    Ils atteignirent très rapidement l’élevage canin. L’homme qui les accueillit ne s’attendait pas à récupérer une bête en si piteux état. Il en avait fait l’acquisition dans le seul but de le présenter à des concours. Constatant la mutilation que l’animal avait subie, il fut partagé entre la colère et le désespoir.
    - Que voulez-vous que je fasse d’un phénomène pareil ? Une seule oreille... Il n’a plus aucune allure... Et je peux même pas le revendre, qui en voudrait à présent ? Une véritable épave !
    - Êtes-vous vraiment certain que personne n’en veuille ? Lui demanda Fred d’un air doucereux.
    - Il faudrait être fou ! Rétorqua l’éleveur. Je n’oserais même pas en demander cinq cents balles !
    Soudain, il stoppa net sa diatribe. Médusé, il regardait Cédric sortir son chéquier. Lorsqu’il lut le montant du chèque, un sourire éclaira son visage. Grand seigneur, Cédric avait quelque peu amplifié la somme.
    Après les formalités d’adoption, Cédric et Fred se dirigèrent vers la voiture. Le chien ne les lâchait pas d’une semelle !
    - Au fait... Tu ne lui as même pas demandé le nom de ton protégé ! S’exclama Fred !
    - J’ai mon idée là-dessus... Tu connais mon chanteur préféré ! Et puis, ces temps derniers, on a surtout parlé de Bowie comme de l’arme du crime. Pourtant, souviens-toi, quand nous étions gamins... Pour nous, Bowie était avant tout le Colonel Bowie, le héros de Fort Alamo ! Par sa conduite héroïque, notre ami chien a bien mérité de ce nom !
    - Oh ! Bonne idée... Mais, j’y pense... On va bientôt revoir Lucie et Nathalie... Le Colonel Bowie, possède encore une oreille qui ne demande qu’à être tatouée !
    Cédric lui répondit d’un clin d’oeil complice.
    - Et Stéphanie Chevier... Tu l’as déjà oubliée ?
    En riant, Fred ouvrit la portière arrière de la Jaguar et le chien s’y engouffra sans un regard et sans un regret pour son ancien maître...

    Fin
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Image qui suit la souris