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I. INTRODUCTION
Douze hommes en colère (Twelve Angry Men, dans le titre original) est une pièce en deux actes, écrite par le scénariste et dramaturge Reginald Rose, et publiée en 1957. Elle est l'adaptation d'une pièce qu'il avait écrite pour la télévision, en 1954. En 1957, Reginald Rose adapte également sa pièce télévisée pour le grand écran, et scénarise l'adaptation cinématographique de son travail, réalisée par Sidney Lumet.
II. ELÉMENTS AUTOBIOGRAPHIQUES
1. Biographie de l'auteur
Reginald Rose naquit en 1920, à New York. Il fut dramaturge, et scénariste, notamment pour la télévision. Il est connu pour son travail à la télévision, sur la chaîne CBS ; mais Douze hommes en colère reste son plus grand succès.
2. Témoigner : le rôle de l'auteur
En une occasion, Reginald Rose est amené à être juré dans le cas d'un procès pour homicide. La pression qu'il ressent lors des délibérations le font réaliser le fort potentiel d'une telle situation au théâtre : c'est le point de départ de l'écriture de Twelve angry men.
III. RÉSUMÉ DE L'INTRIGUE
1. Les circonstances d'un huis clos
Le premier acte s'ouvre sur une pièce vide : la salle de délibérations. On entend, en voix off, la voix du président, qui énonce leurs devoirs aux jurés : ils doivent délibérer, et énoncer un verdict d'innocence ou de culpabilité pour juger l'accusé. Le verdict ne sera valide que s'il est énoncé à l'unanimité. Le président précise que, si l'accusé est reconnu coupable, la peine de mort sera prononcée contre lui.
2. Un drame humain
Tout un drame humain se crée donc, depuis cette situation. Le juré numéro 8 parvient peu à peu à convaincre les autres jurés que l'accusé est peut-être innocent, et qu'ils ne peuvent pas le condamner en leur âme et conscience.
IV. LE CHOIX DE L'ANONYMAT
Lire Douze hommes en colère peut être déconcertant, voire un peu difficile, de prime abord. En effet, les personnages n'ont pas de nom, ils ne sont désignés que par leur numéro de juré, et par leur profession, précisée en exergue du livre (ce qui aura, nous le verrons, une importance dans l'interprétation sociologique du texte).
1. Réalisme
La première explication fait appel au genre, choisi par le dramaturge, pour sa pièce. Reginald Rose écrit des dialogues efficaces, et surtout, réalistes : le réalisme est le genre dans lequel il s'inscrit.
2. Universalité
De plus, le fait de ne pas nommer ses personnages leur confère plus d'universalité. Ils laissent le lecteur face à un choix : il s'identifie à un personnage au début de la pièce, puis verra jusqu'où les convictions psychologiques dans lesquelles il s'était reconnu peuvent le mener.
3. Théâtralité
Enfin, l'anonymat des personnages a une dimension théâtrale, dans la mesure où il donne un poids particulier à la mise en scène. Gardez à l'esprit qu'il s'agit d'une pièce de théâtre, elle est faite pour être jouée et vue, au moins autant que pour être lue.
4. Virilité
Par ailleurs, l'anonymat peut être un moyen, pour le dramaturge, d'expliquer la masculinité de ses personnages. On les désigne comme des hommes dans le titre, comme s'il s'agissait d'un nom neutre, l'équivalent de "personnes".
V. LES RAISONS DE VOTER COUPABLE
Le juré 8 se refuse à voter coupable, non parce qu'il pense que l'accusé est innocent, mais parce qu'il pense qu'un doute subsiste toujours, et qu'on ne peut envoyer un homme à la mort sur cette base. Il est possible, également, qu'il ressente de la pitié pour lui, ou tout simplement que ce soit un geste de rébellion contre la peine de mort.
1. La conviction, l'intime conviction, ou l'évidence
Certains sont convaincus de la culpabilité de l'accusé, car ils la ressentent comme une évidence, une intime conviction : c'est le cas, par exemple, du 12, qui semble plutôt indécis, et dit lui-même, à plusieurs reprises, ne pas vraiment réfléchir.
2. L'hypothèse sociologique
D'autre part, certains votent coupable par discrimination, raciale ou sociologique. C'est le cas du numéro 10, qui, après une sortie particulièrement dramatique, est rappelé à l'ordre par les autres jurés.
3. L'hypothèse personnelle
Enfin, certains condamnent à mort parce qu'ils voient dans l'accusé une figure de leur passé : c'est le cas du numéro 3, le dernier à se résoudre à voter non coupable. Il avait mentionné, à un moment des délibérations, son fils, qui s'était élevé contre lui, et l'avait quitté. Laissant parler ses émotions, il se rend compte que c'est son fils qu'il cherche à condamner, dans la personne du jeune accusé.
VI. LA PRISE DE POUVOIR PAR LA PAROLE
1. Faiblesse contre force
Dans la pièce, les faibles s'opposent aux forts. On s'aperçoit, dès le départ, que les personnages qui se caractérisent par leur force veulent plaider coupable, alors que ceux qui se caractérisent par leur faiblesse sont tentés de plaider non-coupable.
2. Circularité
Cette parole, qui classe les personnages en dominés ou en dominants, circule. Il est utile de voir la pièce, plutôt que de la lire, pour se rendre compte de cette distribution de la parole, très habile.
3. La force de la parole : figure du dramaturge
Pourquoi ce choix de la métaphore de la parole, pour exprimer le pouvoir ? Probablement parce que c'est aussi une métaphore du dramaturge.
VII. AMÉRICANITÉ, CONTEMPORANÉITÉ
Par ailleurs, nous notons dans la pièce une grande modernité, qu'on pourrait aller jusqu'à nommer contemporanéité. La pièce est très ancrée dans un endroit, la ville américaine, et dans un moment, le contemporain.
1. Américanité
L'américanité est criante, d'abord dans les références culturelles; mais aussi dans les descriptions de la ville. Buildings et métros aériens sont là pour nous rappeler l'ambiance de New York : on retrouve l'ambiance d'un Manhattan Transfer, de John Dos Passos.
2. Modernité
Cette américanité se double d'une modernité : on mentionne des comédies musicales récentes, on évoque les derniers événements sportifs.
On pourrait alors se demander ce qui pousse le dramaturge à insister sur ces deux thèmes.
3. Un double plaidoyer : contre la peine de mort, contre la discrimination
Le dramaturge a en réalité besoin que le lecteur, comme le spectateur, sachent que la pièce a lieu aux Etats-Unis, à ce jour, car cela donne uneportée militante à sa pièce. Si les jurés doivent parlementer, c'est qu'existe encore parmi eux la dénigration sociale, et le militantisme pro-peine de mort.
VIII. CONCLUSION
Oeuvre courte, mais riche, politique, littéraire, Douze hommes en colère est un drame contemporain et engagé.