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| Chaque dynastie a eu ses grands et ses petits souverains. Les Alaouites n’échappent pas à la règle. N’y a-t-il pas en effet tout un monde entre un Moulay Ismaïl magnifié par notre mémoire collective et un Moulay Abdelaziz, dont l’histoire officielle ne retient que l’inconsistance politique et la fascination pour l’Occident ? N’y a-t-il pas un océan de différences entre Moulay Yazid, éphémère sultan de terreur, et son frère, Moulay Slimane qui, sous couvert de spiritualité retrouvée, met le Maroc au ban des nations ? Entre histoire officielle, histoire rêvée et histoire revisitée, TelQuel fait le tri des petits et des grands Alaouites. |
LES TROIS FONDATEURS (1631-1672) Le grand sultan saadien Ahmed Al Mansour décède en 1603, ouvrant une longue période d’anarchie pendant laquelle ses fils se battent pour le pouvoir. Jusqu’au milieu du XVIIème siècle, les derniers sultans saadiens ne conservent en fait que Marrakech. La voie est libre pour l’émergence d’une nouvelle dynastie de chorfa : les Alaouites. Moulay ali Cherif (1631-1636) Chef du Tafilalet Les Alaouites, qui ont leur fief dans le Tafilalet, sont alors communément appelés Filaliens. Menacés par l’expansion de la zaouïa de Dila (dans le centre marocain) et devant faire face à la guerre civile qui gangrène le règne des derniers Saadiens, les habitants du Tafilalet s’unissent sous la bannière d’un chef énergique de 52 ans. Pendant cinq ans, grâce à son ascendant religieux, Moulay Ali Cherif préside ainsi aux destinées de son clan, parvenant à le prémunir des visées dilaïtes. En 1636, se sentant trop âgé pour transformer son prestige religieux en pouvoir politique, Moulay Ali Cherif abdique en faveur de son fils aîné, alors âgé de 20 ans à peine. Moulay Mohammed (1636-1664) Le continuateur “Esprit impétueux, servi par une vigueur physique exceptionnelle et une audace poussée jusqu’à la témérité, Moulay Mohammed commença par s’attaquer sur place à tous ceux qui contestaient son autorité”, écrit Jacques Benoist-Méchin dans son Histoire des Alaouites. De fait, en 28 ans de règne, Moulay Mohammed ne cesse de guerroyer, avec plus ou moins de bonheur, contre les Dilaïtes dont le pouvoir décline, et contre les Turcs présents dans l’est marocain. Chef de bande plus que sultan, Moulay Mohammed dispose, à défaut d’un territoire organisé, d’une zone d’influence et, à défaut d’une armée, de tribus arabes prêtes à le suivre. Pour Henri Terrasse, auteur d’une Histoire du Maroc des origines à l’établissement du Protectorat français, “Moulay Mohammed n’apparaît pas comme un fondateur de royaume. Ce demi-saharien ne concevait guère que la razzia et, soucieux avant tout de profits immédiats, il ne semble avoir rien fait pour organiser ses conquêtes momentanées”. Moulay Rachid (1664-1672) Le vrai fondateur Moulay Rachid monte sur le trône après avoir éliminé son frère, dont il reprend la politique guerrière avec plus de sens politique. En moins de dix ans, il réussit à imposer son autorité à tout le Maroc. Il commence par contrôler toute la voie caravanière qui, partant de Sijilmassa et aboutissant à la basse vallée de la Moulouya, permet de relier la Méditerranée aux confins sahariens. Ayant le contrôle de l’itinéraire marocain du commerce transsaharien, il en perçoit les profits nécessaires à l’armement de ses troupes. En 1666, il prend Fès, capitale des Idrissides, première dynastie musulmane au Maroc : la dynastie alaouite est officiellement née. En 1668, Moulay Rachid met fin aux visées dilaïtes : l’agglomération de Dila, cœur de la confrérie, est prise et rasée. L’année suivante, c’est Marrakech qui tombe dans son escarcelle. Mais Moulay Rachid n’a pas le temps de consolider son œuvre : il se tue à 42 ans dans un accident de cheval, laissant derrière lui un Etat marocain enfin reconstitué. L'ÂGE D'OR DE MOULAY ISMAÏL (1672-1727) Fils de Moulay Ali Cherif et d’une esclave, Moulay Ismaïl est le demi-frère de Moulay Mohammed et Moulay Rachid. Son règne de 56 ans est souvent considéré comme l’apogée de la dynastie alaouite. Sultan bâtisseur, Moulay Ismaïl modernise le Maroc : il dote le royaume d’une capitale brillante, Meknès, il réorganise l’armée chérifienne en créant le corps des Abid Al Boukhari, et pose les bases d’un Etat centralisé, désormais appelé Makhzen. Guerres pour le trône Dans la lutte pour le trône qui oppose Moulay Rachid à son frère Moulay Mohammed, Moulay Ismaïl a pris le bon parti. Jouissant de la confiance de Moulay Rachid, il est, au moment de la mort accidentelle de ce dernier, gouverneur de Meknès et chef militaire de la zone nord d’un royaume dont le cœur bat au sud. Mais son accession au pouvoir ne se fait pas sans heurts. Même adoubé par les ouléma, Moulay Ismaïl doit faire face, pendant quatorze ans, à la révolte de son neveu Ahmed Ben Mahrez, fils de Moulay Rachid. Vers le milieu de son règne, Moulay Ismaïl doit également réprimer la révolte de plusieurs de ses fils qui s’estiment lésés dans le partage des charges officielles. Ils seront battus sur le champ de bataille et exécutés. Un despote oriental Aux yeux des historiens européens, Moulay Ismaïl fait figure de sultan fastueux certes, mais aussi sadique et colérique. Henri Terrasse, qui a étudié les registres tenus par les franciscains au service des prisonniers chrétiens, rapporte qu’ils notaient tous les décès parmi les captifs. Ceux survenus de la main du sultan étaient marqués d’une petite croix. Total : 127 détenus ou esclaves chrétiens tués par Moulay Ismaïl entre 1684 et 1727 ! Quand il demande à Louis XIV la main de sa fille, la princesse de Conti, en précisant qu’elle aura le droit de garder la foi chrétienne, c’est logiquement toute la cour de Versailles qui se gausse et répond que Moulay Ismaïl n’a qu’à se convertir. Les relations franco-marocaines pâtiront quelques années de cet épisode quelque peu burlesque. La naissance du Makhzen Si Moulay Ismaïl est resté dans les annales comme un grand sultan, c’est que l’homme a eu ses heures de gloire. Il obtient notamment des résultats substantiels dans la reconquête des places fortes de la côte occupées par les puissances étrangères. En 1681, il reprend la Maâmora, Tanger en 1684, et Larache en 1689. Sur le front intérieur, il fait de Meknès sa capitale, rompant de fait avec la tradition des Alaouites qui lui avaient jusqu’alors préféré Fès ou Marrakech. La nouvelle capitale abrite le palais que le sultan s’est fait bâtir sur le modèle des grandes œuvres de l’architecture arabo-andalouse. Moulay Ismaïl s’attache également à moderniser son armée. Il réorganise ainsi le guich (agrégation des auxiliaires militaires arabes des dynasties précédentes) que lui ont légué ses prédécesseurs. L’ensemble des contingents constitué prend le nom de guich des Oudayas. Moulay Ismaïl crée également le corps des Abid Al Boukhari, esclaves noirs qui constituent sa garde personnelle après avoir prêté serment sur le recueil de Hadiths d’Al Boukhari. SEPT FRÈRES POUR UN ROYAUME (1728-1757) Après 56 ans de règne, Moulay Ismaïl laisse à ses successeurs un royaume florissant. Mais l’essentiel n’a pas été assuré : dès la mort du vieux sultan, qui n’a laissé aucune consigne officielle, le royaume sombre dans une inextricable guerre de succession. Cette période d’anarchie durera trente ans. Une nouvelle crise de succession Moulay Ismaïl, sultan au harem mythique, laisse plusieurs centaines de fils. Même si, de son vivant, le sultan a écarté ou tué plusieurs de ses enfants rebelles, il n’a pas véritablement choisi entre ses deux fils préférés, Moulay Ahmed Addahbi et Moulay Abdelmalek. Résultat des courses, c’est un troisième fils, Moulay Abdellah, qui parvient à s’imposer après 18 années de lutte, non sans avoir entre-temps été déposé trois fois. Au début, la succession de Moulay Ismaïl semble se faire sans heurts. Moulay Ahmed est proclamé sultan par les Abid Al Boukhari grâce aux largesses qu’il leur octroie et qui lui valent le surnom d’Addahbi. Sa première préoccupation est de se défaire des hommes de son père, parfois fidèles à ses concurrents. Conséquence presque immédiate, les gouverneurs de Tanger et de Tétouan entrent en dissidence. Une anarchie généralisée éclate spontanément : brigandage, pillages, razzias et autres méfaits perpétrés par les Abid Al Boukhari et le guich des Oudayas. Les révoltes des tribus berbères se multiplient, l’insoumission de villes comme Fès et Meknès est à son comble. Elles sont régulièrement assiégées par les sept sultans qui se succèdent pendant dix-huit ans. Les Abid Al Boukhari font la loi Pendant la période d’anarchie qui suit la mort de Moulay Ismaïl, ce sont les Abid Al Boukhari et, dans une moindre mesure, le guich des Oudayas, qui font et défont les sultans. Ils offrent leur concours au mieux disant, à celui qui leur propose la meilleure solde. Faute d’accord, ils se livrent au pillage de Meknès qui, depuis le règne de Moulay Ismaïl, leur sert de garnison. Les sept frères en guerre n’ont de cesse de jouer à la fois sur la terreur que font régner les Abid et sur l’intérêt qu’ils peuvent tirer du soutien des tribus berbères. Mais, malgré l’anarchie, la continuité de la dynastie ne semble pas menacée : les soldats renversent certes les sultans, mais toujours pour les remplacer par de nouveaux sultans, choisis au sein de la famille alaouite. La victoire de Moulay Abdellah Les historiens ne sont pas d’accord sur le nombre de règnes de Moulay Abdellah. Il est cependant avéré que ce sont d’abord ses deux frères, Moulay Ahmed Addahbi et Moulay Abdelmalek, qui s’épuisent en guerres fratricides. Le premier meurt de maladie peu de temps après avoir fait étrangler le second. Moulay Abdellah monte alors une première fois sur le trône en 1729. Pour Henri Terrasse, historien théoricien du “bled siba”, explique que le nouveau sultan “ne tarde pas à se signaler par sa cruauté et ses destructions”. Après s’être imposé par les armes face à ses quatre autres concurrents, Moulay Abdellah entame, en 1745, un règne de 12 ans. Mais il ne jouira jamais de cette apparente stabilité. Jusqu’à sa mort, en 1757, il devra compter avec le pouvoir de nuisance du guich des Oudayas et des Abid Al Boukhari. DE LA RENAISSANCE À L'AUTARCIE (1757-1822) La mort de Moulay Abdellah coïncide avec la fin de la période d’anarchie. Sidi Mohammed, son fils, accède au trône sans difficulté, presque plébiscité. Mais son œuvre modernisatrice semble rétrospectivement gâchée par son fils Moulay Yazid. Le règne de Moulay Slimane (autre fils de Moulay Abdellah) qui, tout en sauvant les apparences sur la scène internationale, plonge le royaume en autarcie, ne fait que retarder le choc de l’impérialisme occidental. Sidi Mohammed (1757-1790) Un sultan enfin accepté Sidi Mohammed fait ses preuves en tant que khalifa de son père à Marrakech d’où il a chassé son oncle rebelle Moulay Mostadi. A la demande de la population marrakchie, le sultan Moulay Abdellah lui donne la capitale mérinide à administrer, tâche dont le prince s’acquitte avec brio. C’est donc tout naturellement qu’il succède à son père. Son règne est marqué par un effort de modernisation sans précédent. Sa priorité est de mettre au pas les Abid et de reconstituer une armée avec les restes du guich des Oudayas. Il allège également les impôts et parvient à assainir la situation financière du pays. Sur le plan international, le souverain rayonne. Il reprend Mazagan aux Portugais en 1769 et fonde la ville de Mogador dont il confie la construction à l’architecte français Cournot. Moulay Yazid (1790-1792) Un intermède de terreur Moulay Yazid tente de prendre le pouvoir du vivant de son père. D’abord fils chéri de Sidi Mohammed, il le trahit à plusieurs reprises avant que celui-ci ne cherche à l’éloigner du pouvoir en l’envoyant en pèlerinage à La Mecque. Moulay Yazid ne rend pas les armes pour autant. Entre autres faits héroïques, il pille une ambassade que son père a dépêchée à La Mecque. A la mort de Sidi Mohammed, Moulay Yazid qui, malgré ses violences, est apprécié pour sa haine viscérale des chrétiens et des juifs, n’a pas de mal à se faire accepter par les ouléma. Mais le nouveau sultan, réputé pour sa cruauté, ne tarde pas à se mettre à dos le sud du pays. Son frère, Moulay Hicham, est proclamé sultan à Marrakech. Moulay Yazid qui, en ardent combattant du jihad, avait alors ouvert une guerre avec l’Espagne, est obligé de se porter, avec ses troupes, au devant de son frère. Il meurt des suites d’une blessure sur le champ de bataille. En deux ans de règne, il se sera rendu célèbre par ses exactions envers la communauté juive et par une guerre sans succès menée contre l’Occident. Moulay Slimane (1792-1822) Un règne mitigé Moulay Slimane est, selon les historiens, préféré à ses frères “à cause de sa piété, de sa réserve et de son intelligence”. “Jamais, raconte Al Nasri dans son Kitab Al Istiqsa (1936), il n’avait eu de goût pour les plaisirs favoris de ses frères aînés et cadets, comme la chasse, la musique, les plaisanteries des courtisans et tout ce qui porte atteinte à la dignité”. Moulay Slimane doit néanmoins, pendant quatre ans, faire face à la révolte de trois de ses frères, dont l’épidémie de peste de l’hiver 1796 le débarrasse finalement. Une épidémie qui aura également pour conséquence de réduire les échanges commerciaux du royaume avec ses voisins. La grande affaire de Moulay Slimane reste pour autant religieuse : il lutte contre les confréries dont il interdit les moussems. A la fin de son règne, les berbères du Moyen-Atlas qui se sont unis parviennent à le battre, à prendre Fès et à proclamer Moulay Saïd, son fils, nouveau sultan. Moulay Slimane rétablit son trône in extremis et choisit d’abdiquer en faveur de son neveu. Il meurt en 1822, laissant à son successeur un pays affaibli et recroquevillé sur lui-même. LES SULTANS RÉFORMATEURS (1822-1894) A partir de 1822, trois sultans se succèdent sur le trône alaouite, qui auront à cœur de moderniser le pays. Moulay Abderrahmane doit faire face au choc militaire et psychologique qu’a constitué la défaite d’Isly (1844), tandis que son fils, Sidi Mohammed, s’attache à négocier la paix avec les puissances européennes. A la fin du XIXème siècle, Moulay Hassan fait quant à lui figure de dernier sultan réformateur avant le rouleau compresseur de la colonisation. Moulay Abderrahmane (1822-1859) Le choc de civilisation En trois mots, Moulay Abderrahmane est le sultan de Delacroix, de Abdelkader et d’Isly. C’est en 1832 que le peintre français effectue son voyage diplomatique au Maroc, dont il se servira pour peindre sa fameuse représentation de Moulay Abderrahmane, “Le sultan du Maroc” (1845). Sous le règne de ce dernier, le Maroc doit faire face à une Europe en plein essor économique, et à son impérialisme triomphant. Après l’autarcie voulue par Moulay Slimane, le réveil est brutal : la France, qui a entrepris la conquête de l’Algérie en 1830, est aux portes du royaume chérifien. Si Moulay Abderrahmane prend au début le parti de l’émir Abdelkader, chef des tribus algériennes qui mènent le jihad contre l’occupant français, il est obligé, à partir de la défaite d’Isly, de lâcher son allié algérien. Sidi Mohammed (1859-1873) La réforme nécessaire Le règne de Sidi Mohammed ne commence pas sous les meilleurs auspices. C’est lui déjà qui, en 1844, est dépêché par son père pour combattre les Français à Isly. En 1860, tout juste sultan, il doit faire face aux conséquences d’un incident de frontière avec l’Espagne : après une campagne militaire éclair, les Espagnols prennent Tétouan. L’intervention diplomatique anglaise permet à Sidi Mohammed d’éviter le pire. Le sultan a désormais conscience de la faiblesse de ses ressources et de l’inefficacité de son administration aux confins du royaume. Sidi Mohammed ne s’épuise pas en guerres intérieures, préférant toujours user de la ruse et de la diplomatie pour déjouer les intrigues de ses opposants. La priorité est désormais accordée à la politique extérieure du royaume, qui joue la carte des divisions européennes. Moulay Hassan (1873-1894) La réforme impossible Comme la plupart de ses prédécesseurs, Moulay Hassan, qui accède au trône sans trop de difficultés, doit mener des campagnes de pacification pour percevoir l’impôt. Ce sont les fameuses harka de Hassan Ier. Mais, autant que possible, il évite l’épreuve de force : il ne lance d’expédition de répression qu’en dernier ressort et fuit les batailles rangées. Il préfère user d’une politique conciliante, habile et persévérante à la fois. “Il laisse en fin de compte le souvenir d’un grand souverain : sa dignité extérieure, son activité lui ont valu l’estime des Européens qui étaient en relation avec lui et l’admiration rétrospective des Marocains”, écrit Henri Terrasse. Mais l’historien nuance son propos : “Une pieuse légende a conféré au dernier souverain du vieux Maroc la grandeur qui s’attache à ceux qui défendent jusqu’au bout les causes perdues. Si la personne du prince a pu justifier cette impression de grandeur, son œuvre ne la donne à aucun degré. Pour méritoire qu’elle ait été, elle a manqué d’originalité autant que de succès”. LES DERNIERS SULTANS (1894-1927) En 1894, au moment où Moulay Abdelaziz accède au trône, la messe semble déjà dite et l’indépendance de “l’empire chérifien” semble compromise à moyen terme. De fait, les trois sultans ne parviennent pas à enrayer la pénétration des puissances étrangères. En 1912, Moulay Hafid, pourtant partisan d’une lutte acharnée contre les chrétiens, est dans l’obligation d’accepter le traité de Protectorat. Moulay Abdelaziz (1894-1904) Sultan “mahboul” Moulay Abdelaziz est l’un des plus jeunes fils de Hassan Ier. Il n’a pas plus de 14 ans quand l’ambitieux grand vizir Ba Hmad le choisit pour succéder à son père. Etant sous la tutelle d’un conseil de régence dirigé par Ba Hmad, il n’accède véritablement au trône qu’à la mort de ce dernier. Moulay Abdelaziz institue alors un impôt unique – le tertib – et des modes de perception plus réguliers. Il envisage de doter le Maroc d’un bon réseau routier, voire de chemins de fer. Il fait venir de Birmingham une locomotive dont il se fait expliquer le fonctionnement. Toutes les inventions modernes semblent le fasciner. Ces initiatives sont bruyamment applaudies par ses conseillers anglais qui y voient un excellent moyen de favoriser la pénétration britannique. Mais elles inquiètent à la fois les autres puissances occidentales (France et Espagne) et les milieux religieux du pays qui voient d’un mauvais œil un descendant du prophète consacrer une bonne partie de son temps à ces inventions “diaboliques”. Moulay Hafid (1904-1912) Sultan du jihad Moulay Hafid, mécontent des orientations du règne de son frère, s’empare du trône par la force. Le nouveau sultan est à l’opposé de Moulay Abdelaziz, tant par ses convictions intimes que par son tempérament. C’est un homme sombre et méditatif, animé d’une foi ardente et irréductiblement opposé à toute ingérence étrangère. A ses heures perdues, c’est aussi un poète sensible et délicat. Ses contemporains rapportent également son tempérament de feu qui le fait passer, sans transition, de la colère à l’abattement. Si Moulay Abdelaziz a voulu pratiquer une politique d’ouverture sur le monde, avec Moulay Hafid, le Maroc referme ses portes et se retranche derrière ses remparts. C’est sans doute Hassan II qui s’est fait le meilleur défenseur de l’œuvre de Moulay Hafid : “Je voudrais publier le texte du traité de Protectorat (…) ne serait-ce que pour rendre justice à la mémoire de mon grand-oncle et prouver combien sont faux les reproches qu’on lui a adressés. J’y montrerais que Moulay Hafid s’est battu avec l’énergie du désespoir ; j’y énumérerais tous les avantages qu’il a obtenus sans aliéner l’essentiel”. Moulay Youssef (1912-1927) Sultan du Protectorat Moulay Hafid n’est pas parvenu à repousser les assauts des puissances étrangères. En 1912, il est dans l’obligation d’apposer sa signature au traité de Protectorat. Il ne tarde pas à faire savoir qu’il renonce au trône en faveur de son demi-frère Moulay Youssef, pour raisons de santé. Celui-ci règnera sans gloire jusqu’à sa mort en 1927, confiné dans ses palais, en compagnie de ses femmes. “Par un parallélisme étrange, note Jacques Benoist-Méchin, un brin lyrique, aux débuts de la dynastie alaouite, trois frères – Moulay Mohammed, Moulay Rachid et Moulay Ismaïl – ont assuré au Maroc un essor fulgurant ; deux siècles et demi plus tard, trois frères – Moulay Abdelaziz, Moulay Hafid et Moulay Youssef – assistent, impuissants, aux progrès de son déclin. Pourtant, la dynastie n’est pas éteinte…“. En 1927, Sidi Mohammed, également adoubé par les ouléma, est choisi par le Protectorat pour succéder à son père. Il sera le sultan de l’indépendance et le premier roi du Maroc contemporain, sous le nom de Mohammed V. Mais c’est déjà le début d’une autre histoire… |
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