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La lettre "e" peut représenter trois voyelles en français: /e/ comme dans aller, /ɛ/ comme dans belle, et /ə/ ou "E instable". Ces trois voyelles se trouvent dans des contextes différents.
On retrouve ces trois voyelles dans le mot refermer:
1 2 3
refermer
1 2 3
[ʁəfɛʁme]
La première occurrence de "E" est en syllabe inaccentuée, ouverte ([ʁə-fɛʁ-me]); c'est donc /ə/; la deuxième est en syllabe inaccentuée, fermée; c'est donc /ɛ/; la troisième occurrence de "E" est en syllabe accentuée, ouverte; c'est donc /e/.
Lorsqu'on la prononce, la voyelle /ə/ , est mi-fermée, antérieure, arrondie et orale. Autrement dit, on l'articule comme la voyelle /ø/ du mot feu . Toutefois, on la représente avec un symbole différent pour souligner le fait que sa présence/absence est variable (voir ci-dessous). Cela dit, certains francophones prononcent /ə/ comme une voyelle non-arrondie et font donc une distinction entre ce et ceux. Cependant, la plupart des études empiriques notent que /ə/ est bel et bien une voyelle arrondie.
La voyelle /ə/ est représentée par la lettre "E" dans une syllabe qui est ouverte et inaccentuée. Elle n'est jamais représentée pas "E" en combinaison avec une autre lettre ("voyelle") et n'est jamais représentée par "E" avec un accent. Par contre, on la trouve dans les formes du verbefaire qui ont plus d'une syllabe (par ex.: faisons) ).
Notez aussi que lorsque la lettre "E" se trouve à la toute fin d'un mot (exception faite des mots grammaticaux, par ex.: le, je, de), ce n'est pas vraiment "E instable", car c'est toujours muet, par ex.: rapide [ʁapid], pense [pãs] , boîte [bwat] , etc.
Le défi auquel vous devez faire face est de savoir quand "E instable" correspond à une voyelle prononcée et quand on la supprime. La règle de base est comme suit:
Règle: si le fait de laisser tomber le "E instable" crée une séquence de trois consonnes à l'intérieur d'un mot, vous devez le prononcer. Dans les autres cas, vous devez le supprimer.
Prenons à titre d'exemple les mots suivants: samedi [samdi] , médecin [medsɛ̃] , vendredi [vãdʁədi] , simplement [sɛ̃pləmã] . Dans les deux premiers mots, la chute du /ə/ crée une séquence de deux consonnes (mais pas trois); il faut donc le laisser tomber. Autrement dit, samedi se prononce comme si on écrivait samdi et médecin se prononce comme si on écrivait médcin. Qu'est-ce qui se passe si on laisse tomber le /ə/ des deux autres mots (vendredi, simplement)? Là, le résultat serait une séquence de trois consonnes: "drd" et "plm". On doit donc prononcer la voyelle /ə/ ici pour éviter une séquence de trois consonnes:vendredi, simplement.
Le désir d'éviter une séquence de trois consonnes en français est tellement fort que cela peut même valoir pour les semi-consonnes comme /j/ et /w/ dans certains contextes. Autrement dit, on va même éviter la séquence "Consonne + consonne + semi-consonne" si cela se trouveà l'intérieur de la même syllabe. Considérons les deux mots suivants où l'on trouve le "E instable": chandelier [ʃãdəlje] et cimetière [simtjɛʁ] .
Divisons ces mots en syllabes. Les règles à suivre sont: a) une consonne simple se met dans la syllabe suivante; b) s'il y a deux consonnes, on les met dans deux syllabes différentes; et c) s'il y a une consonne + "R" or "L", les deux se mettent dans la syllabe suivante. Cela donne les divisions que voici:
ʃã-də-lje (chan de lier)
si-mə-tjɛʁ (ci me tière)
Essayons de laisser tomber les "E instables" pour voir les types de syllabes qui seraient créées:
ʃã-dlje (chan dlier)
sim-tjɛʁ (cim tière)
Dans le premier mot, cela donne consonne + consonne + semi-consonne à l'intérieur d'une même syllabe! On ne peut donc pas laisser tomber le /ə/; le mot doit se prononcer avec une voyelle au centre: [ʃãdəlje] (chandelier). Par contre, dans le mot cimetière, le "m" et le "t" se trouvent dans des syllabes différentes, ce qui fait que le "E instable" doit être supprimé.
Même s'il y a de la variation pour ce qui est de /ə/ dans les mots composés, la tendance suivante existe:
Cette tendance semble être reliée à une contrainte sur le rythme du français.
Considérons maintenant ce qui se passe quand le "E instable" se trouve à l'intérieur d'ungroupe rythmique. Afin de savoir s'il faut l'effacer, vous devriez vous poser la question suivante: est-ce que le /ə/ suit une consonne fricative au tout début d'un groupe (par ex.: /s/ ou /ʒ/)? Si la réponse est "non", vous devez garder le "E instable", par ex.: De temps en temps[dətãzãtã] . Si /ə/ suit une fricative, vous avez le choix, par ex.: Ce camion est rapidepourrait se transcrire comme [səkamjõɛʁapid] ou bien comme [skamjõɛʁapid] .
Dans les cas où le "E instable" n'est pas dans la syllabe initiale du groupe, suivez les mêmes règles qu'on utilise pour un mot isolé. Prenons à titre d'exemple la phrase Je te le demande, qu'on pourrait d'abord transcrire comme suit:
1 2 3 4
[ʒətələdəmãd]
Vu que cette phrase commence par une consonne fricative (/ʒ/), il est "possible" d'effacer le premier /ə/, mais il y aurait des conséquences pour les autres /ə/ du groupe, par ex.:
2 4
[ʒtəldəmãd]
Ici, on voit que la deuxième occurrence doit être retenue, car son absence créerait une séquence de trois consonnes ([ʒtl]). Comme on a gardé la deuxième occurrence, la troisième (celle du mot le) doit être effacée. Finalement, vu qu'on a effacé le /ə/ du mot le, la quatrième occurrence doit être retenue pour éviter une séquence de trois consonnes ([ldm]).
Vu que l'effacement du premier /ə/ est facultatif, on pourrait aussi le retenir. On en représente les conséquences de cette éventualité dans la transcription suivante:
1 3
[ʒətlədmãd]
Notre description du "E instable" correspond à ce qu'on trouve dans le français quotidien. Dans les situations plus formelles, certains locuteurs vont retenir /ə/ même dans les cas où son absence ne créerait pas une séquence de trois consonnes. Par exemple, bien que la prononciation typique de maintenant soit [mɛ̃tnã] , cela ne serait pas étonnant d'entendre la prononciation [mɛ̃tənã] dans une situation plus ou moins formelle.