Cours et exercices de français,examens normalisés niveau collégial,révisions,exercices corrigés
Depuis septembre 2008, une circulaire de la Communauté française, elle-même basée sur les avis du Conseil supérieur de la langue française, invite les écoles à enseigner prioritairement la nouvelle orthographe, tout en ne sanctionnant pas l’ancienne.[1] Alors que Français et Québécois, sont encore en plein débat, la réforme était-elle nécessaire et si oui pourquoi ? S’agit-il d’une grande réforme ou comme certains l’appellent d’une réformette de la langue ? Comment concilier l’usage des deux graphies ? Par ailleurs, alors que l’ère de l’écriture électronique se développe, nombre de jeunes adolescents et adultes ne maitrisent[2] plus la langue écrite au point de ne plus comprendre une information ou de ne plus parvenir à se faire comprendre. Des parents et des enseignants s’en inquiètent et s’interrogent. Supputations ou réalité ?[3] Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en Communauté française comme partout en Francophonie, le sujet de l’orthographe fait débat. Livres, articles de presse, forums, sont nombreux à traiter un sujet fort passionnel. Du linguiste au simple citoyen, chacun y va de sa plume. Pour comprendre en quoi consiste la réforme, il nous faut passer par l’exposé des 7 règles illustrées de quelques exemples.
1. Les noms composés avec trait d’union du type porte-avion (verbe + nom) ou après-ski (préposition + nom) forment leur singulier et leur pluriel comme s’ils étaient des noms simples : seul le second élément prend la marque du pluriel, et seulement quand le nom composé est au pluriel (exemple : ancienne orthographe, « un lave-vaisselle », « des lave-vaisselle » ; nouvelle orthographe : « un lave-vaisselle », « des lave-vaisselles ») 2. Dans les numéraux composés exprimant un nombre entier, tous les éléments qui ne sont pas des noms sont reliés par des traits d’union (exemple : ancienne orthographe, « vingt et un » ; nouvelle orthographe : « vingt-et-un ») 3. Conformément à la prononciation la plus courante, on écrit avec un accent grave le e qui est à la fois situé en fin de syllabe et suivi d’une syllabe avec e muet :a. au présent (de l’indicatif, du subjonctif et de l’impératif), au futur et au conditionnel des verbes tels que céder, interpréter, régler (où l’infinitif présente la séquence é + consonne(s) + er).(exemple : ancienne orthographe, « je cède », « je céderai » ; nouvelle orthographe : « je cède » (inchangé), « je cèderai »)b. au présent (de l’indicatif, du subjonctif et de l’impératif), au futur et au conditionnel de tous les verbes en -eler ou -eter (qui entrainent leurs dérivés en -ment) (exemple : ancienne orthographe : « je pèle », « il ruisselle » ; nouvelle orthographe : « je pèle » (inchangé), « il ruissèle »)c. dans les formes verbales puissè-je, dussè-je, trouvè-je…d. dans les mots pour lesquels l’usage hésitait entre deux graphies : é ou è (exemple : ancienne orthographe : « allégement » ou « allègement » ; nouvelle orthographe : « allègement ») 4. On ne met pas d’accent circonflexe sur i et u (exemple : ancienne orthographe : « août », « connaître » ; nouvelle orthographe : « aout », « connaitre ») 5. De façon générale, le tréma interdit qu’on prononce deux lettres en un seul son (maïs). Dans les mots terminés par -gue(s), le tréma se met sur le u effectivement prononcé. On procède de même dans leurs dérivés qui contiennent la suite -gui-. Un tréma apparait également sur le u dans toute la conjugaison de argüer (à prononcer différemment de narguer) et dans les mots terminés en -geüre (à prononcer différemment de rongeur) (exemple : ancienne orthographe : « aiguë », « il argue », « gageure » ; nouvelle orthographe : « aigüe », « il argüe », « gageüre ») 6. Les mots empruntés à des langues étrangères s’écrivent avec des accents conformes aux règles du français et forment leur pluriel comme les mots français (exemple : ancienne orthographe : « pedigree », « revolver », « un box, des boxes » ; nouvelle orthographe : « pédigrée », « révolver », « un box, des box ») 7. Le participe passé de laisser suivi d’un infinitif ne varie pas (s’alignant sur celui de faire suivi d’un infinitif) (exemple : ancienne orthographe, « mes biens, je les ai laissé saisir », « elle s’est laissée tomber » ; nouvelle orthographe : « mes biens, je les ai laissé saisir » (inchangé), « elle s’est laissé tomber ») .[4] Ces irrégularités, souvent déjà concurrencées par de nouveaux usages explique Jean-Marie Klinkenberg, président du Conseil de la langue française en Communauté française et professeur à l’ULG, faisaient déjà l’objet des Rectifications de l’orthographede 1990, réforme peu suivie d’effet mais générant une norme flottante pour les enseignants[5]. La réforme ne modifie donc pas de façon significative l’orthographe du français et il s’agit essentiellement, écrit Jean-Luc Vanschepdael, responsable du secteur « français » pour l’enseignement catholique, de « nettoyer l’orthographe lexicale de certaines anomalies – pour ne pas dire erreurs – orthographiques »[6].« Tout ça pour ça » se sont écriés des journalistes de 3 grands journaux (à savoir La Libre Belgique, Le Soir et La Dernière Heure) qui ont participé à la semaine de « La langue en fête » organisée en Communauté française en faisant le pas d’éditer leurs colonnes dans la nouvelle orthographe le 16 mars 2009[7] grâce au programme Recto-verso réalisé par l’UCL. Ce logiciel permet d’un simple clic de faire passer son texte de l’ancienne à la nouvelle orthographe.[8]Dans ces conditions, pourquoi une telle mobilisation entre partisans et opposants de la réforme ?
C’est que l’orthographe est devenue l’affaire de tous considérée comme un patrimoine commun. Enlevez le « ph » de nénufar[9] par exemple et plus d’un se sent amputé, spolié d’un bien cher. Dan Van Raemdonck rappelle combien l’orthographe a été utilisée à partir de 1830 comme outil de francisation alors que la majorité des Français parlaient différents dialectes (le wallon avec de multiples variantes rien qu’en Wallonie). L’orthographe est alors devenue une partie de l’identité culturelle des Français et par extension des francophones[10]. Danièle Manesse et Danièle Cogis précisent : « C’est que l’orthographe est devenue un savoir populaire, que l’école a tant labouré et valorisé, qu’il mène sa vie hors d’elle : l’orthographe du français fait partie de ces pans de la culture scolaire investis par l’opinion publique, qui se passionne, bien ailleurs que dans le seul Hexagone, pour les émissions populaires qui la prennent pour héroïne : dictée de Pivot [ …], Des chiffres et des lettres et autres jeux, tels que leScrabble. »[11]Par ailleurs, l’orthographe du français est extrêmement complexe :« L’orthographe française reste l’une des plus difficiles au monde », Jean-Luc Vanschepdael[12] ; « l’orthographe qui est inutilement compliquée », Georges Legros[13] ; « comme elle est d’une complexité indiscutable, la maitrise de l’orthographe se pare d’un grand prestige et le brillant orthographieur est fêté en France comme un sportif de haut niveau. » Danièle Manesse et Danièle Cogis.[14]
Les linguistes font le bilan : l’orthographe est en crise et les jeunes générations lamaitrisent[15] de moins en moins : « D’une manière générale, la maitrise[16]de l’orthographe est moins valorisée. Elle est en train de devenir une pratique d’élite, et du même coup, un handicap social pour ceux qui ne la maitrisent[17] pas. S’il fallait enseigner à tous l’orthographe actuelle, le cout [18]serait énorme. Pourtant une orthographe commune à tous les Français est indispensable. » [19] En Communauté française, le niveau d’orthographe des étudiants a tellement baissé qu’il y a débat sur le bien-fondé d’un examen d’entrée en français avant l’entrée en supérieur.[20] Pourquoi cette baisse de niveau ? Est-ce parce que, comme on l’a souvent entendu « Tout fout l’camp » ?Plusieurs facteurs expliquent le déclin de l’orthographe.Le premier déjà abordé est la complexité de la langue française.Les suivants sont liés à l’évolution de la société
Les opposants à la réforme craignent un nivèlement [26]par le bas de la langue mais également une perte de sens notamment en se coupant des racines grecques et latines (dont on abandonnerait la graphie).Ils sont présents dans l’opinion publique, chez certains auteurs, enseignants et académiciens :
A l’heure actuelle les linguistes et l’intelligentsia - notamment le Conseil de la langue française et de la politique linguistique en Communauté française comme les experts précédemment cités à savoir Jean-Marie Klinkenberg, Jean-Luc Vanschepdael, Dan Van Raemdonck, Danièle Manesse, Danièle Cogis, Georges Legros, André Chervel, - sont relativement unanimes sur la nécessité d’une réforme et d’une vraie réforme simplifiant et rendant l’usage du français plus cohérent pour éviter
Citons encore dans ce sens :
Si l’intention de la réforme et de la circulaire est bonne, son application dans les écoles semble moins évidente.
De façon générale constate Jean-Luc Vanschepdael[38], la nouvelle orthographe serait mieux reçue dans les 1ers et 2èmes degrés du secondaire et dans l’enseignement qualifiant que dans le dernier degré et dans l’enseignement général. Le public et la nature du diplôme de l’enseignant joueraient donc un rôle. Nombre d’enseignants se croient garants d’une norme qu’ils jugent immuable alors que le français a toujours évolué. Il est donc fondamental de remettre l’orthographe dans une dimension historique.
Toutefois le responsable du secteur « français » pour l’enseignement catholique constate que lors des formations continuées des enseignants, après une réflexion sur le sujet, les professeurs sont plus favorables à la nouvelle orthographe tout en restant perplexes sur la gestion des deux orthographes dans leur classe. Dans le fondamental, il semble qu’il y ait un écart entre la théorie et la pratique. Un directeur qui a souhaité gardé l’anonymat nous confie le malaise d’instituteurs surchargés de consignes et de modifications de tout ordre alors qu’ils n’ont ni le temps ni les moyens de les appliquer : l’ancienne orthographe est maitrisée[39] par les instituteurs. On leur demande aujourd’hui d’adopter une nouvelle graphie et par ailleurs de casser des automatismes inculqués à leurs élèves pour en créer d’autres. Cette nouvelle réforme est comparée à la réforme de l’analyse de phrase dans les années 80. Certains enseignants l’ont appliquée puis il y a eu une marche-arrière parce qu’elle posait problème dans l’apprentissage de langues étrangères. Ils ont le sentiment de revivre le même scénario. » La réforme est considérée comme peu significative parce qu’encore trop timide et pas assez simplificatrice. Il faut que le cout [40] consenti pour enseigner la nouvelle orthographe soit inférieur au bénéfice retiré résume Jean-Luc Vanschepdael demandeur d’une plus large réforme comme la suppression des doubles consonnes inutiles à la prononciation, l’abandon de lettre étymologique grecques ne faisant plus sens pour la majorité des usagers, et surtout une réforme de l’orthographe grammaticale source majeure d’erreurs.[41] Cependant le changement ne viendra peut-être pas de l’école mais de la technologie. Une langue se normalise au travers de son impression et de sa diffusion rappelle Jean-Luc Vanschepdael. Les dernières versions de Microsoft proposent au choix un correcteur en ancienne et nouvelle orthographe, laquelle l’emportera, l’avenir le dira !
Pour l’UFAPEC, parce que l’orthographe est inutilement compliquée, qu’elle est de moins en moins maitrisée et risque donc bien de créer une barrière linguistique, parce qu’enfin, l’orthographe pèse lourd dans l’apprentissage du français de nos élèves, c’est une réforme en profondeur et à caractère international qui s’impose pour convaincre enseignants, éditeurs et usagers de la Francophonie particulièrement épidermique sur le sujet. Cette réforme doit être accompagnée, comme le demande le Conseil de la langue française et de la politique linguistique, d’une formation initiale et continuée des enseignants, de l’adoption de la nouvelle orthographe dans les manuels scolaires et enfin de son usage à l’extérieur de l’école (presse, documents administratifs…).[42] La circulaire de 2008 et l’avis du Conseil de la langue peuvent être perçus comme un premier pas mais ce n’est pas à l’école à porter seule le poids et la responsabilité d’un processus long et complexe où chaque citoyen a un rôle à jouer.
Dominique Houssonloge
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