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LE PAKHAWAJ Le pakhavaj est un gros tambour bombé similaire au mridangam, mais principalement utilisé dans la musique hindoustani. Ce fut un instrument traditionnel prestigieux à cause de son association avec le dhrupad et la vîna. A cause de leur déclin et de l'apparition d'instruments plus modernes comme le sitar et le sarod traditionnellement associés au tabla, il est aujourd'hui très peu joué. Il possède pourtant une personnalité et une dignité remarquables et des efforts sont faits pour qu'il garde toute la place qu'il mérite. Contrairement au mridangam, il peut être accordé de la même manière que le tabla, grâce aux petits rouleaux de bois placés sous les lanières qui tiennent les peaux. C'est un instrument tenu et joué horizontalement sur le sol, comme le mridangam. Il accompagne encore aujourd'hui la musique dhrupad et la vîna.
LA FLUTE Parmi les instrument à vent (sushira), la flûte est la plus répandue et jouit d'une grande popularité. Elle est, dans la mythologie, l'instrument utilisé par le dieu Krishna pour charmer les bouvières (gopis). C'est un instrument très ancien, déjà mentionné dans les Vedas avec la harpe et le tambour, et représenté dans l'art bouddhique il y a deux mille ans. Selon les époques, il a existé de très nombreuses variétés de flûte, connues sous des noms divers : venu, bamsa, murali,bansuri, etc. Généralement de forme traversière, leur longueur peut varier de 15 à 75 cm. Bien que très ancienne, la flûte n'a accédé au statut d'instrument de concert que très récemment. Elle convient merveilleusement à la musique indienne, à ses subtilités et ses ornementations, et peut également produire les fameux micro-tons par la fermeture partielle des trous. La technique de doigté utilisée en Inde, qui permet aussi le glissando, est unique, complètement différente de celle utilisée dans le système occidental. Bien qu'elle puisse être construite en ivoire, en bois de santal ou en métal, le bambou est préféré partout pour sa merveilleuse qualité de son. Une des variétés les plus connues est la flûte bansuri, utilisée dans la musique hindoustani, et dont le terme vient de bans- (bambou) et -swara (note). C'est le musicien Pannalal Ghosh (1911-1960) qui a le premier introduit certains changements dans la longueur et le nombre de trous, et qui est responsable de son introduction dans la musique classique indienne.
Hariprasad Chaurasia Pandit Hariprasad Chaurasia est un des instrumentistes qui a le plus popularisé la musique indienne en Occident. Né en 1938, il est considéré aujourd'hui comme le plus grand maître flûtiste vivant. Jouissant d'une énorme popularité internationale, il a joué avec Yehudi Menuhin et Jean-Pierre Rampal. Il fit également de gros efforts pour populariser la musique classique en Inde, grâce à une connaissance musicale qui comprend les musiques folklorique et de films. Enseignant sérieux, il a contribué à une meilleure reconnaissance de la flûte comme instrument de scène classique, et a également enregistré pour le livre "The Raga Guide".
Shashank Né en 1978, Shashank est un jeune joueur de flûte de tradition carnatique . Elève prodige, on dit qu'il commença l'étude de la musique à l'âge de neuf mois, avant même de savoir parler. D'abord initié à la musique vocale, il choisit la flûte comme son instrument à l'âge de six ans, et fit ses débuts de concertiste à douze ans. Fort d'une grande notoriété, il a joué dans de très nombreux pays du monde, offrant une musique attractive et enthousiasmante, entre grande virtuosité et passages plus méditatifs.
LE SHEHNAI Le shehnaï est un instrument à vent très ancien qui ressemble à notre hautbois. Des variétés similaires ont existé jusqu'au XIIème siècle et après, mais il est pour la première fois fait mention du shehnaï au XVIème siècle. Le terme pourrait venir des mots shah- (roi) et -naï (tube). C'est un instrument considéré comme de bon augure, beaucoup utilisé, et de tout temps, dans les processions religieuses et les fêtes en extérieur, car il peut est entendu de loin. Il est également pratiqué dans le sud de l'Inde, sous une forme variée : le nagesvaram. C'est un instrument de forme conique, évasé vers l'extérieur, généralement en bois mais également en métal, avec sept trous. Grâce à la grande virtuosité de jeu dont il est capable et aux admirables nuances et délicatesses de sa sonorité, il a pu gagner son statut d'instrument de concert à partir des années 60, sous l'impulsion du talentueux musicien Bismillah Khan. C'est un instrument à double anche. Les anches sont des languettes de roseau placées à l'intérieur de son bec et qui doivent être contrôlées par la bouche du musicien. C'est si difficile qu'il est souvent nécessaire que deux solistes jouent ensemble pour qu'ils puissent se relayer quand l'un d'eux est en difficulté.
Bismillah Khan Né en 1917 dans le Bihar, Ustad Bismillah Khan est le plus accompli des joueurs de shehnaï, et un des trois seuls musiciens à avoir obtenu le Bharath Rathna, la plus haute distinction en Inde. Son génie est d'avoir su hisser le shehnaï de la musique de temple et de fêtes où il était confiné aux estrades de la musique classique. Par son style de jeu tout en douceur, il en a fait un des instruments les plus appréciés. Il a joué dans de très nombreux pays, et est devenu un musicien très respecté.
LE VIOLON Le violon est le plus bel exemple de l'opportunisme indien en matière d'instruments de musique. Tout au long de son histoire, l'Inde n'a jamais hésité à adopter les instrument capables de rendre au mieux les spécificités ornementales de sa musique, et le violon en est peut-être le plus bel exemple. Probablement amené par les premiers colonisateurs occidentaux, son introduction dans la musique classique est attribué à Balusvami Dikshitar (1786-1858). Il est devenu aujourd'hui un des tout premiers instruments dans la musique carnatique et commence à être joué dans la musique hindoustani. L'instrument est tenu et accordé de manière différente qu'en Occident. Il vient se caler en bas de l'épaule, le bout du manche en direction du pied du musicien, lequel est comme d'habitude assis les jambes croisées. Comme instrument d'accompagnement, il reproduit très précisément et quasi-simultanément toutes les phrases mélodiques du chanteur avec leurs ornementations, formant une cohésion si parfaite qu'ils ne semblent faire qu'un. Il est également joué comme instrument soliste. Yehudi Menuhin, le premier musicien classique occidental d'envergure à s'intéresser à la musique indienne et à la pratiquer avec son instrument, fut d'ailleurs violoniste.
T.N. Krishnan Le professeur T.N. Krishnan fut pendant des décennies le plus grand violoniste indien. Né en 1928 au Kérala, dans une famille de musicien, il eut comme maître le très célèbre chanteur vocal Sri Srinivasa Iyer. Il donna son premier concert à l'âge de 8 ans et se produisit à la All India Radio à l'âge de dix ans. Il accompagna nombre des plus grands vocalistes de la musique carnatique et fut également un soliste brillant, jouant parfois avec sa fille ou son fils.
L'HARMONIUM L'harmonium est un autre instrument à vent, formé d'une boîte de forme rectangulaire que l'on pose sur le sol, munie d'un clavier et d'un soufflet à l'arrière qui est activé par le musicien avec la main gauche. Il a été importé de l'Occident et fut introduit vers la fin du XIXème et le début du XXème siècle. C'est un instrument pratique, facile à jouer, qui n'a pas besoin d'être accordé, et qui est venu remplacer le sarangi, d'approche plus difficile, pour l'accompagnement des chanteurs. Il possède des anches de cuivre fixées à une extrémité et complètement libres à l'autre. Quand on appuie sur une touche, cela ouvre une valve et permet au vent de s'engouffrer autour de la anche qui vibre et donne ainsi la note. Cet instrument, qui ne peut jouer que des notes détachées, accordées selon des hauteurs fixes, semble mal équipé pour produire les shrutis et les ornementations si chers à la musique indienne. Il a donc fait l'objet d'une controverse en Inde, Tagore allant jusqu'à l'appeler "le fléau de la musique indienne". La All India Radio, très influente dans la diffusion de la musique classique, a banni son utilisation de ses ondes. L'instrument s'est cependant largement répandu, aussi bien dans les villages que dans la musique classique plus sérieuse du nord de l'Inde. La musique carnatique est quant à elle plus réticente. Aujourd'hui, la construction d'harmoniums électroniques semble pouvoir combler certaines des lacunes qui lui sont reprochées.
AUTRES INSTRUMENTS Il est une classe d'instruments que nous n'avons pas encore abordée : les instrument à percussion solides (ghana). Ils vont des simples paires de cymbales en bronze, en étain, ou en bois dur (jhâllari, tâli, kartâl), jusqu'aux cloches, clochettes, et grelots (ghunghurû, nûpur). Le ghatam est un simple pot de terre sur lequel on frappe avec la paume et les doigts. Assez sophistiqué, il est parfois utilisé dans les concerts, et peut produire des tons différents selon qu'il est plus au moins fortement pressé contre l'abdomen du musicien. Un autre instrument à percussion, rarement utilisé mais digne d'attention, est le jaltaranga, signifiant jal- (eau) et -tarang (onde). Il comprend une série de bols en porcelaine de tailles différentes, chacun rempli d'une quantité d'eau plus au moins importante qui les fait produire des notes particulières. Les bols sont disposés en demi-cercle (jusqu'à 18 selon le râga joué), et le musicien assis au centre les frappe avec un fin bâton de bambou dans chaque main. L'Inde possède également de nombreuses autres variétés de tambour, qui vont des petites timbales et tambourins comme le khurdak, le khanjari, ou ledamaru, le tambour sacré attribut du dieu Shiva, jusqu'aux plus gros tambours, joués avec les mains ou des bâtons, souvent portés autour du cou, parfois tambour simple, tambours en paire, ou tambours bifaces de tailles et de longueurs différentes. Parmi ces derniers, le dhole, ou le plus petit dholak, est un nom générique désignant tout tambour horizontal de taille moyenne, au son neutre, utilisé dans la musique folklorique. Signalons encore le moorsing (ou murchang), apparenté à notre guimbarde, et qui peut être entendu dans certains concerts du sud de l'Inde. Parmi les instruments à cordes, le svaramandal accompagne la musique vocale khyal. Il est constitué d'une caisse de résonance en bois, de forme trapézoïdal, sur laquelle sont fixées, reliées à des chevilles, une quarantaine de cordes métalliques que l'on joue avec les doigts. Il est l'ancêtre du cymbalum importé en Europe par les tziganes indiens et fut utilisé par les Beatles dans la chanson "Strawberry Fields". Très similaire, le fameux santoor du Cachemire comporte une centaine de cordes qui sont frappées avec de petits maillets de noyer recourbés. Cet instrument fut perfectionné par Shivkumar Sharma, qui rendit possibles toutes sortes d'ornementations en faisant glisser les maillets sur les cordes, et permit ainsi son utilisation dans la musique classique. Enfin, il existe d'autres instruments à archet comparables au sarangi, dont le dilruba du Bengale, et l'esraj, plus petit et plus rond, présent dans tout le nord de l'Inde. Tous deux sont munis de quatre cordes et d'une quinzaine de cordes sympathiques, et peuvent produire une musique de qualité, bien qu'ils soient absents des scènes de musique classique.
Shivkumar Sharma Pandit Shivkumar Sharma est né à Jammu au Cachemire en 1938. Après avoir étudié le chant et le tabla, il s'intéresse au santoor, un instrument alors peu connu. Passionné de musique savante, il modifie son instrument, lui invente de nouvelles techniques de jeu, et le propulse dès 1955 sur les devants de la scène classique. Il jouit aujourd'hui d'une réputation internationale de virtuose, de compositeur, et d'enseignant réputé. Grâce à lui, le santoor est également devenu un instrument incontournable dans la musique de films.
LA VOIX La voix est un véritable instrument en Inde, et est d'ailleurs le plus souvent utilisée comme telle. Le chant et la voix sont les supports exclusifs de l'enseignement musical qui est imparti dans les anciens traités musicaux comme le Gîtâlamkâra. Ce passage éloquent nous fait la démonstration que la voix était déjà, il y a deux mille ans en Inde, très sérieusement considérée : "Les experts louent, comme un maître-musicien, celui dont la voix est émouvante et naturelle, qui est expert dans les attaques et les finales, connaissant les modes principaux (râga) et leurs variations, les modes populaires, les modes théoriques et les modes secondaires, exercé dans les styles de développement chanté, habile dans les divers adagios, brillant et à l'aise dans les ornements, dans les diverses octaves, maître de sa voix, comprenant le rythme, attentif, sans fatigue, différenciant les [modes] purs des modes mélangés, connaissant toutes les nuances, et toutes les variations des thèmes, sans fautes, expérimenté dans l'exécution, suivant le tempo, à la voix bien formée, soutenue, puissante et douce, plaisante et subtile, brillant dans l'expression et appartenant à une bonne tradition."(2)
Semmangudi R. Srinivasa Iyer (1908-2003) Sri Srinivasa Iyer a grandi dans le district de Thanjavur, le berceau de la musique carnatique, et a commencé l'apprentissage de la musique à l'âge de 8 ans. Il fut le maître de M.S. Subbalakshmi, une des plus grandes chanteuses de tradition carnatique. Il concourut à donner aux kritis de Swati Tirunal la notoriété qu'ils méritaient. Un autre de ses célèbres disciples fut le professeur T.N. Krishnan qui l'accompagna au violon dans de nombreux concerts.
M.S. Subbalakshmi (1916-2004) M.S. Subbalakshmi fut une des grandes chanteuses de tradition carnatique. Elle a grandi à Madurai, près du temple Meenakshi, dans une famille de musiciens. Très jeune, elle a également appris les khyals et thumris de la musique hindoustani. Elle fut actrice pendant quelques années, puis se consacra entièrement à sa carrière musicale, donnant des concerts dans le monde entier. Elle fut la première musicienne à recevoir le Bharath Rathna, la plus haute distinction en Inde.
Ramnad Krishnan (1918-1973) Ramnad Krishnan est né en 1918, dans une famille de musiciens du Kérala. C'est un des chanteurs de musique carnatique les plus importants du XXème siècle. Il fut un enseignant formidable, dont nombre des élèves sont devenus des musiciens confirmés. Tenu en très haute estime par ses pairs, il mourut prématurément à l'âge de 55 ans.
D.K. Pattammal Damal Krishnaswamy Pattammal est une autre très grande chanteuse de la musique carnatique. Née en 1919 à Kanchipuram dans le sud de l'Inde, son talent s'est révélé très tôt. Elle donna son premier concert public à 14 ans. Elle s'est spécialisée dans les kritis de Dikshitar. Très traditionnelle dans son expression, elle a néanmoins exploré la forme improvisée pallavi, un domaine jusqu'alors réservé aux hommes.
Zahiruddin et Faiyazuddin Dagar Ustad N. Zahiruddin Dagar (1933-1994) et Ustad N. Faiyazuddin Dagar (1934-1989) furent en leur temps les chefs de file de la musique vocale dhrupad. Ils sont les héritiers d'une très longue tradition familiale qui se poursuit depuis 19 générations. A la mort de leur père, il furent les élèves de leurs grands frères Nasir Moinuddin et Nasir Aminuddin Dagar. Les jeunes frères Dagar ont joué un rôle crucial dans le renouveau de la musique dhrupad, lui redonnant sa place sur la scène classique indienne grâce à leurs nombreux récitals en Inde et à l'étranger. Ils ont formé la dhrupad society avec des branches en Inde, au Japon et à Paris.
Uday Bhawalkar Né en 1966, Uday Bhawalkar débuta l'étude de la musique à l'âge de 8 ans, guidé par sa soeur, et étudia dans une école de musique de 1975 à 1981. Il se voua ensuite à l'étude et à la pratique de la musique dhrupad, guidé par ses maîtres. Il se produit dans de nombreux festivals en Inde et à l'étranger. Il est aujourd'hui un des jeunes et rares représentants de l'ancienne et exigeante tradition vocale dhrupad.
Bhimsen Joshi Né en 1922, Pandit Bhimsen Joshi est un des chanteurs hindoustani les plus importants. Né dans l'Etat du Karnataka au sud de l'Inde, rien ne le prédestinait à étudier la musique du nord. Grâce à l'intensité de ses performances et à son esprit novateur, il devint un artiste très renommé pendant des décennies. Il enregistra des khyals, thumris, mais également de nombreux ghazals qui furent très populaires. Il fit également une incursion dans la musique carnatique en chantant des kritis. Il a créé un très important festival à Pune, qui est depuis trois décennies une véritable institution.
Amir Khan (1912-1974) Ustad Amir Khan était un des chanteurs hindoustani les plus novateurs du XXème siècle. Né à Indore dans le nord de l'Inde, il commença d'abord à apprendre le sarangi avec son père. Il créa son propre style de chant, très lent (ati vilambit), rempli d'un profond sentiment de sérénité et de contemplation, qui le rendit célèbre. Egalement compositeur, il fut un homme très érudit, expert en langues sanskrite et persane.
Lakshmi Shankar Formée aux traditions carnatique et hindoustani, Smt Lakshmi Shankar est une des chanteuses indiennes les plus reconnues. Née en 1926, elle fut danseuse de Bharata Natyam, avant d'étudier la musique et le chant, notamment avec Ravi Shankar qu'elle assista dans ses nombreux projets. Ses khyals, thumris, et bhajans sont très populaires en Inde et à l'étranger où elle se produit souvent. Elle prêta sa voix au film "Gandhi" de Sir Richard Attenborough.
Girija Devi Née à Bénarès en 1929, Girija Devi est une des plus grandes voix de la musique hindoustani. Elle débuta ses études musicales à l'âge de 5 ans avec un chanteur et joueur de sarangirenommé. Excellente interprète de khyals et de musique classique légère (tappa, dadra,thumri), elle est aussi compositrice.
Begum Akhtar (1914-1974) Begum Akhtar apprit d'abord le sarangi. Elle fut particulièrement douée dans la musique classique légère, surtout le chant ghazal qui la rendit célèbre. Elle joua dans quelques films hindi pour lesquels elle chanta aussi. Composant elle-même ses ghazals, elle développa un style propre. Son phrasé subtil et délicat, son classicisme dans le choix des râgas, et sa voix à la grâce incomparable, lui valurent le surnom de "reine du ghazal".
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