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Envie d'un jeune marmot bien tendre au petit déjeuner ?
C'est vrai qu'il y a parfois des moments où on aurait envie de faire taire certains marmots, surtout ceux des autres, lorsqu'ils sont trop remuants ou braillards, alors qu'on rêve de quiétude. Alors pour les faire taire définitivement, pourquoi ne pas en croquer quelques morceaux bien tendres, après les avoir passés à la broche, hein ?
Mais que les gros gourmands qui salivent déjà cessent de rêver car, même si l'origine de l'expression a longtemps été controversée, il n'a jamais été question de la dégustation d'un enfant.
Avant d'évoquer les nombreuses suppositions plus ou moins farfelues qui ont été faites, nous allons d'abord présenter l'origine qui a maintenant les faveurs des lexicographes, la plus probable, proposée par Pierre Guiraud :
Au XVIe siècle, date d'apparition de l'expression, alors que les sonneries électriques n'existaient pas encore, les portes ou leurs montants étaient équipées de clochettes ou de heurtoirs. Ces derniers, depuis le Moyen Âge, avaient le nom de marmot, parce qu'ils portaient souvent une figurine un peu grotesque comme l'était la tête des marmots, terme qui au même siècle voulait dire singe.
Cette précision apportée, on pourrait alors imaginer qu'au lieu de croquer un enfant, c'est un petit singe qui ferait un passage par la casserole.
Mais que nenni ! Car ce serait oublier qu'à la même époque, croquer signifiaitfrapper. En effet, un croque-note était un mauvais musicien, par exemple, et le jeu de croquet tire son nom du verbe avec cette acception.
Alors croquer le marmot voulait simplement dire « frapper le heurtoir d'une porte » devant laquelle on pouvait attendre très longtemps et frapper sans relâche si elle restait désespérément close.
Parmi les nombreuses autres explications qui ont fleuri au fil du temps voici un résumé des principales :
- Les peintres attendaient leurs clients en dessinant (en croquant) des petits enfants sur les murs des pièces où ils attendaient ;
- Marmotter voulait dire « claquer des mâchoires ». L'expression serait alors une signification comme « grogner (sous-entendu claquer des dents) lors d'une longue attente » ;
- Le marmot désignant aussi un tisonnier, l'expression s'appliquerait alors à quelqu'un qui, attendant longuement à proximité d'une cheminée, s'occuperait en attisant le feu à l'aide de cet instrument également appelé marmouset ;
- En revenant au marmot heurtoir de porte, croquer aurait eu le sens de « baiser, embrasser » le marmot pour le vassal souhaitant se faire admettre chez son seigneur, après une longue attente, obligatoirement.
[1] Pour les lecteurs qui ne parlent pas nativement le français, je précise que le marmot n'est pas le mâle de la marmotte, mais une désignation familière du petit enfant.
[2] D'ailleurs, à ce propos, le regretté Pierre Desproges disait très élégamment : "les enfants, c'est comme les pets, il n'y a que les siens qu'on supporte".