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L'apocope

L'apocope

L'apocope est un métaplasme( un métaplasme désigne les altérations phonétiques du mot par adjonction, suppression ou déplacement de phonèmes ou de lettres.). Elle consiste à →tronquer la fin d'un mot, par exemple, encor pour→ encore. L'apocope consiste dans le retranche ment d'un ou de plusieurs phonèmes à la fin d'un mot ou→ troncation, la suppression d'une lettre est la marque écrite de l'apocope orale. C'est un des procédés de l'abrègement. L'élision est une des formes de l'apocope. Élision : action d'élider ; résultat de cette action. Son contraire est la paragoge ou addition d'une lettre, d'un son, d'une syllabe. Le terme est composé de ana indiquant « ablation », et du verbe grec signifiant
« couper ». Je distingue les différentes formes d'apocopes :

— les apocopes intégrées ;
— l'apocope populaire ;
— l'apocope dans les noms propres ;
— l'apocope dans la chanson ;
— l'apocope dans les abréviations ;
— l'apocope dans le verlan. 

Les apocopes intégrées

Elles ne sont plus perçues comme telles et le terme qui leur a donné naissance n'est souvent plus guère utilisé :

auto : automobile ;
—  ciné, cinéma : cinématographe ;
radio : radiodiffusion, radiographie, radiophonie, radiométrie ;
taxi : taximètre ;
tarmac : tarmacadam. Le mot date de 1907 sous la forme complète et de 1910 sous la forme abrégée. Un peu tard pour trouver qu'il est laid et inutile ou trop à la mode ! La partie « tar » veut dire goudron, il s'agit d'un matériau fait de goudron et de pierre concassée. Le tarmac est l'endroit où les avions stationnent, circulent ; ce n'est pas la piste d'envol. L'avion attend sur le tarmac.
Vélo : vélocipède.

Les mots d'origine grecque ou latine entrant dans des noms composés et se terminant par -o se prêtent fort bien à l'apocope car ils rejoignent une terminaison populaire : gynéco, archéo, philo, astro, cardio, gastro, sténo, dactylo, géo (géologie ou géométrie), bio... Si le suffixe n'est pas visible, on l'ajoute : véto (vétérinaire). Mais la coupe peut être absurde en fonction des termes d'origine : ciné ou cinéma, kiné ou kinési.

Voici le début du texte « Apocope » extrait d'Exercices de style de Queneau :
Je mon dans un aut plein de voya. Je remar un jeu hom dont le cou é sembla à ce de la gira et qui por un cha a un ga tres...
Il faut encore que le mot reste compréhensible de tous, que sa forme ne se confonde pas avec celle d'un autre mot, que l'abréviation soit rentable.

L'apocope populaire

Elle est lexicalisée dans des mots comme : accro (accroché), bénèf, bide (bidon), bon app' (bon appétit), bouille(bouillotte), boulange, came (camelote), champ' (champagne), frappe (frapouille, altération de fripouille), funk(funky), mater (maternelle), mob (mobylette), occase (occasion, parfois occaz), pater (paternel), plouc (terminaison des noms de communes bretonnes), p'tit déj', rata (ratatouille).

La partie apocopée est agglutinée parfois dans des mots comme : aprèm' (après-midi), beauf' (beau-frère), lap(la peau, rien), raduc(ras du cul).

L'apocope peut être combinée à une aphérèse ou chute du début du mot : bin's (de cabinet), margis (demaréchal des logis), surgé (surveillant-néral).

Le mot apocopé peut être redoublé : deux-chevaux donne deuche d'où deudeuche ; la fête à Neuilly donne la fête à Neuneuille, d'où la fête à Neuneu ; coco (cocaïne), jojo (joli), rififi (rif, bagarre).
 

          L'apocope dans les noms propres

Les noms propres sont souvent apocopés parfois avec double apocope : le Boul'Mich' (Boulevard Saint-Michel), la Quincampe (la rue Quincampoix), la Popinque (la rue Popincourt), le Troca (le Trocadéro), le Sébasto (boulevard Sébastopol), le Vel'd'hiv (Vélodrome d'hiver), la Maub (quartier Maubert), la Mouffe (quartier Mouffetard), la Mutu (la Mutualité), Saint-Ger (Saint-Germain-des-Prés), les Gobs (les Gobelins), Malak (Malakoff), les Bat'd'Af', Stras (Strasbourg), Besac (Besançon).

Le nom apocopé peut être resuffixé souvent en -o : Laribo (Lariboisière), le Luco (le Luxembourg), Montparno (Montparnasse), Versigo (Versailles). Voir les suffixes argotiques.

Un cas particulier : que pouic. Selon Colin qui cite Esnault, ce serait une déformation du mot « Poitou », avec apocope et altération (1895), sans doute liée à la prononciation particulière de provinciaux ne parvenant pas à se faire entendre à Paris. La forme que couic existe aussi.

Dans les noms et prénoms : Fred (Frédéric), Jo (Joseph), Geo (Georges), Gus (Gustave), Alex (Alexandre), Clo (Clotilde). Ces formes peuvent se combiner à une resuffixation : Fredo, Michou. Elles sont souvent géminées : Loulou, Mimi, Momo, Jojo.  Ces formes hypocoristiques sont ambiguës : Momo est Maurice et Monique, Fred est Alfred et Frédéric par aphérèse ou par apocope. Elles sont moins codifiées qu'en anglais, sauf dans les usages dialectaux.

Les apocopes dans les abréviations 

Cette apocope permet de construire des acronymes ou noms lus comme des mots. Elle se distingue de l'abréviation par siglaison car elle prend en compte des syllabes entières : Benelux (Belgique, Nederland, Luxembourg, sans accents), kholkoz (kollektivnoïé khostaïstvo, économie collective), Orsec (Organisation des secours), Gestapo (Geheime Stats Polizei, Police secrète d'État), Fortran (Formula Translator).
L'abréviation par apocope peut se combiner à une abréviation par siglaison : Sernam (Service national de messagerie), COBOL (Common Business Oriented Language), Armstrad (Allen, Michael, Sugar et trad pour trade, commerce).
Elle peut résulter d'une translittération : Guépéou (GPU, Gossoudartsvennoïe Polititcheskoïé Oupravlenïé, Administration politique d'État), Goulag (Glavnoïe Oupravlénié Laghérieï, Administration principale des camps de travail disciplinaires).

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